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    Un fonds vendu le week-end : Uber teste avec HSBC une trésorerie qui ne ferme jamais

    Par Rédaction TunichainHarissa Chain

    Le 30 octobre 2026, Uber a testé avec HSBC et Franklin Templeton une trésorerie ouverte 24 heures sur 24, réglée sur la blockchain publique Canton. Des dépôts bancaires tokenisés ont servi à acheter et revendre, y compris un week-end, les parts d'un fonds monétaire tokenisé. Un pilote encore modeste, mais une question très concrète pour les trésoriers tunisiens : combien coûte l'argent qui dort ?

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    Un fonds vendu le week-end : Uber teste avec HSBC une trésorerie qui ne ferme jamais

    La trésorerie d'Uber place ses liquidités dans un fonds monétaire. Pendant le week-end, elle en revend une partie. Jusqu'au dernier moment, l'argent a continué de rapporter, et le règlement s'est fait sans attendre l'ouverture des banques le lundi matin. Le 30 octobre 2026, à New York, HSBC Bank USA, Franklin Templeton, Tradeweb et Fireblocks ont annoncé avoir mené avec Uber un pilote de trésorerie « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 » sur le Canton Network, une blockchain publique conçue pour la finance réglementée.

    Le montage est simple à décrire. Uber a utilisé des dépôts tokenisés émis par HSBC, c'est-à-dire de l'argent bancaire classique inscrit sur une blockchain, pour acheter des parts du fonds monétaire tokenisé de Franklin Templeton, qui fait partie de sa plateforme Benji. Les ordres sont passés par l'infrastructure de négociation électronique de Tradeweb, et Fireblocks a fourni les portefeuilles numériques. Selon le communiqué commun, Uber a ensuite liquidé une partie de ses parts, y compris pendant un week-end, en continuant de percevoir le rendement jusqu'au moment du décaissement.

    Le problème que ce pilote veut régler

    Le communiqué le décrit sans détour : les trésoreries se heurtent à des heures limites et à des cycles de règlement de plusieurs jours, T+1 ou plus, quand elles vendent des parts de fonds monétaires ou déplacent des fonds bancaires en dehors des heures ouvrables.

    Conséquence : les entreprises gardent des coussins de trésorerie plus épais que nécessaire, de l'argent qui dort sans rapporter, ou bien elles recourent à des lignes de crédit plus coûteuses pour couvrir un paiement imprévu. Pour une société qui verse des revenus à des chauffeurs et à des livreurs dans des dizaines de pays, sept jours sur sept, le décalage entre une activité permanente et une finance qui ferme le week-end n'a rien de théorique.

    « Un accès permanent à la trésorerie et la capacité de faire travailler les liquidités plus efficacement » sont de plus en plus importants pour l'activité du groupe, a déclaré Odette Rodrigues, vice-présidente chargée de la finance d'entreprise, de la trésorerie et des marchés de capitaux chez Uber.

    Livraison contre paiement, en une seule étape

    Le cœur technique de l'opération tient en trois lettres : DvP, pour « delivery versus payment », livraison contre paiement. Sur Canton, la jambe « titre » (les parts du fonds) et la jambe « cash » (les dépôts tokenisés) sont réglées ensemble, en une seule étape synchronisée. Soit les deux passent, soit aucune ne passe. C'est ce que les spécialistes appellent un règlement atomique.

    Dans le système classique, ces deux mouvements empruntent des circuits séparés : le dépositaire pour les titres, le système bancaire pour l'argent, avec des rapprochements et des délais entre les deux. Ici, tout se joue sur le même registre.

    Le communiqué insiste aussi sur deux garde-fous. Les trésoriers gardent la main sur les actifs de leurs portefeuilles, les règles de signature et les droits des utilisateurs. Et le circuit est fermé : le produit des rachats ne peut être versé que sur des comptes bancaires d'entreprise dont l'identité a été vérifiée.

    Manish Kohli, responsable mondial des solutions de paiement de HSBC, y voit la démonstration de l'interopérabilité des dépôts tokenisés de la banque sur Canton. Pour Daniel Staniford, de Tradeweb, il s'agit d'étendre aux fonds monétaires tokenisés et à la monnaie numérique des circuits électroniques déjà éprouvés.

    Dépôt tokenisé, pas stablecoin

    Le détail compte. Les jetons utilisés par Uber ne sont pas des stablecoins émis par une société privée et adossés à des réserves. Ce sont, selon le communiqué, des engagements de dépôt de HSBC Bank USA : juridiquement, un dépôt bancaire, simplement inscrit sur une blockchain.

    HSBC a lancé ce service de dépôts tokenisés aux États-Unis le 13 avril 2026, après Hong Kong, Singapour, le Luxembourg et le Royaume-Uni, pour ses clients entreprises et institutionnels éligibles. Le 22 juin 2026, la banque l'a étendu aux Émirats arabes unis, ajoutant le dirham émirati à l'euro, la livre sterling, le dollar américain, le dollar de Hong Kong et le dollar de Singapour. Six devises, donc, transférables 24 heures sur 24, au niveau national comme transfrontalier.

    En face, le fonds est lui aussi un produit réglementé. Franklin Templeton, qui gérait 1 790 milliards de dollars d'actifs au 30 septembre 2026 selon son propre chiffre, a intégré sa plateforme Benji à Canton. Matt Jones, responsable de la distribution de liquidités du gestionnaire, voit dans le fait de relier des produits d'investissement tokenisés à des dépôts bancaires tokenisés une étape importante pour la trésorerie institutionnelle.

    Ce que ça change pour la Tunisie

    Rien, à court terme, pour un trésorier tunisien. En Tunisie, aucune banque n'émet de dépôts tokenisés, il n'existe pas de cadre pour les fonds tokenisés, et les cryptomonnaies ne sont pas reconnues comme moyen de paiement. La réglementation des changes de la Banque centrale de Tunisie encadre strictement toute opération avec l'étranger : une entreprise tunisienne ne peut pas aller placer sa trésorerie sur une blockchain américaine.

    Mais le sujet de fond, lui, est universel. Les entreprises tunisiennes connaissent aussi les heures limites, les virements qui partent le vendredi et arrivent le mardi, et les découverts payés pour combler un trou de quelques jours. Les placements de trésorerie à court terme, via les fonds et les SICAV, sont une pratique courante sur la place de Tunis. La question posée par le pilote d'Uber est donc parfaitement locale : combien coûte, chaque année, l'argent qui dort entre deux fermetures de guichet ?

    Le voisinage géographique compte aussi. HSBC indique opérer dans neuf pays de la région Moyen-Orient, Afrique du Nord et Turquie, et ses dépôts tokenisés fonctionnent déjà en dirhams aux Émirats. Pour les exportateurs et les groupes tunisiens qui ont des filiales ou des clients dans le Golfe, ce type d'infrastructure risque de devenir la norme chez leurs partenaires avant de l'être chez eux.

    Enfin, il y a une leçon de méthode pour les régulateurs. Le pilote ne repose pas sur une monnaie privée concurrente, mais sur des dépôts bancaires et un fonds réglementé, avec un circuit de sortie fermé vers des comptes vérifiés. C'est une tokenisation qui reste dans le périmètre bancaire, celle que les banques centrales regardent avec le moins de méfiance.

    Ce n'est pas une révolution, mais une démonstration

    Il faut garder les pieds sur terre. Il s'agit d'un pilote, avec un seul client, une seule banque et un seul fonds. Le communiqué ne donne ni le montant investi par Uber, ni le gain obtenu grâce au week-end, ni le nombre de transactions. On ne sait pas non plus quand, ni à quelle échelle, le service sera proposé à d'autres entreprises.

    Le règlement 24 heures sur 24 a aussi ses limites. Tant que les autres maillons de la chaîne, fournisseurs, salariés, administrations fiscales, restent sur des circuits classiques, l'argent finit tôt ou tard par retrouver les horaires des guichets. Et faire reposer la trésorerie d'une entreprise sur une blockchain, même réglementée, suppose une solidité opérationnelle irréprochable, des portefeuilles aux règles de signature.

    Reste que le signal est clair. Des acteurs qui pèsent des milliers de milliards de dollars ne testent plus la blockchain pour des jetons spéculatifs, mais pour un problème aussi terre à terre qu'un fonds monétaire vendu un week-end.

    Le week-end, la finance ne dort plus

    Dans le souk, le commerçant qui ferme le samedi soir sait que son stock ne travaille pas jusqu'au lundi. Pendant des décennies, la trésorerie des entreprises a vécu au même rythme. Le pilote d'Uber montre que ce rideau de fer peut se lever : l'argent peut désormais rester placé jusqu'à la dernière minute, puis payer, même quand les banques sont fermées.

    La blockchain utile ne se voit pas : elle fait simplement travailler l'argent le dimanche.

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