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    Quatre rôles et 30 % de réserves : la BRI remet la banque centrale au cœur des jetons

    Par Rédaction TunichainHarissa Chain

    Dans un rapport publié le 29 octobre 2026, le comité des paiements de la BRI redéfinit le rôle des banques centrales face aux stablecoins et aux dépôts tokenisés. Émettrice, opératrice, surveillante et catalyseur : la monnaie centrale doit rester au cœur du système. Pour la Tunisie, le texte pose les bonnes questions sur l'accès des fintechs, les transferts et la méthode de régulation.

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    Quatre rôles et 30 % de réserves : la BRI remet la banque centrale au cœur des jetons

    Trente pour cent. C'est la part des actifs de réserve qu'un stablecoin systémique libellé en livres sterling devrait garder en dépôt non rémunéré à la Banque d'Angleterre, selon un projet de code de conduite de juin 2026. Le chiffre figure, en note de bas de page, dans un rapport publié le 29 octobre 2026 par le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché (CPMI) de la Banque des règlements internationaux.

    Le document s'intitule « Le rôle des banques centrales et de la monnaie de banque centrale dans un système de paiement en évolution ». Il compte 59 pages et succède à un texte de 2003 sur le même sujet. En vingt-trois ans, le décor a changé : paiements instantanés, prestataires non bancaires, dépôts tokenisés, stablecoins et plateformes programmables.

    Le message tient dans une phrase de l'avant-propos de Fabio Panetta, gouverneur de la Banque d'Italie et président du CPMI : la monnaie de banque centrale « n'a pas besoin d'être utilisée dans chaque transaction ou sur chaque plateforme, mais elle doit être au cœur ».

    Quatre casquettes pour une banque centrale

    Le rapport découpe le métier de banque centrale en quatre rôles. Émettrice, d'abord : elle fournit la monnaie centrale, à travers les comptes qu'elle ouvre et les billets qu'elle met en circulation. Et c'est elle qui décide qui a droit à un compte chez elle, pour quels services et à quelles conditions.

    Opératrice, ensuite. La banque centrale fait tourner les systèmes les plus critiques, comme les systèmes de règlement brut en temps réel des gros montants. Le CPMI note que les systèmes de paiement instantané se sont multipliés au cours de la dernière décennie et que près d'un tiers d'entre eux appartiennent à des banques centrales, qui les exploitent elles-mêmes.

    Surveillante, aussi : elle fixe des normes, contrôle et évalue les systèmes de paiement. Catalyseur, enfin, quand le marché bute sur un problème que personne ne peut résoudre seul. Le rapport cite trois manières de jouer ce rôle : réunir les acteurs, pousser activement des solutions concrètes, et promouvoir des normes techniques communes.

    « Les banques centrales ne peuvent pas observer cette frontière de loin », a résumé Fabio Panetta dans le communiqué de la BRI.

    Stablecoins et dépôts tokenisés, pas logés à la même enseigne

    Le rapport ne met pas tous les jetons dans le même panier. Pour les dépôts tokenisés, il pose une condition simple : leur conception doit rester cohérente avec les aspects juridiques, réglementaires et économiques d'un dépôt bancaire classique, obligations de connaissance du client comprises. Un dépôt reste un dépôt, même inscrit sur une blockchain.

    Les stablecoins sont regardés avec plus de froideur. Selon le CPMI, ils ont été utilisés principalement au sein de l'écosystème crypto. En dehors, leur usage reste « largement limité » aux paiements transfrontaliers de détail et aux envois de fonds de groupes de niche.

    Le point sensible, c'est la parité. Un détenteur de stablecoin peut dépendre du marché secondaire pour récupérer sa mise, et des écarts persistants ou volatils par rapport à la parité peuvent créer une incertitude sur la valeur de conversion. C'est précisément ce que la Banque d'Angleterre veut verrouiller avec ses 30 % de réserves déposées chez elle.

    Derrière, il y a une notion que le rapport place au centre : l'unicité de la monnaie. Un dinar en billet, un dinar sur un compte et un dinar dans un portefeuille numérique doivent s'échanger un pour un, sans discussion. Cette confiance, selon le CPMI, repose sur la monnaie de banque centrale, l'actif de règlement le plus sûr et le plus liquide.

    La blockchain dans la tuyauterie

    Le rapport consacre une place réelle aux registres distribués. Il relève que la technologie des registres distribués et la programmabilité permettent de traiter plusieurs actifs et plusieurs fonctions sur une seule plateforme. Mais il avertit aussi qu'un manque d'interopérabilité entre plateformes, au niveau national comme international, peut compliquer les rapprochements, fragmenter la liquidité et faire grimper les coûts.

    Pour les banques centrales qui veulent régler des actifs tokenisés, le document identifie quatre dimensions de choix : la forme technique de la monnaie centrale, son interaction avec les autres actifs tokenisés, le nombre de plateformes, et l'identité de ceux qui les possèdent et les exploitent.

    Les exemples cités dessinent la carte des chantiers en cours. L'Eurosystème, avec le projet Pontes, veut relier des plateformes de marché sur registre distribué aux services TARGET. La Banque nationale suisse explore plusieurs façons de régler des transactions d'actifs tokenisés dans le cadre de son pilote Helvetia. Le projet Agorá, mené par le pôle d'innovation de la BRI, réunit banques centrales et institutions privées autour de dépôts commerciaux tokenisés et de réserves de banque centrale pour les paiements transfrontaliers de gros.

    Le rapport mentionne aussi l'e-CNY chinois, qui a migré en 2026 d'une forme de monnaie numérique de type espèces vers une monnaie de dépôt numérique.

    Ce que ça change pour la Tunisie

    La Tunisie n'est pas citée dans le rapport, mais elle est concernée par chacun de ses quatre chapitres. La Banque centrale de Tunisie est, elle aussi, émettrice, opératrice des systèmes de règlement interbancaire, surveillante des moyens de paiement et, potentiellement, catalyseur de leur modernisation.

    La première question est celle de l'accès. Le CPMI constate qu'à ce jour, dans de nombreuses juridictions, les prestataires de paiement non bancaires n'ont pas accès aux comptes de banque centrale. Pour les fintechs tunisiennes de paiement, qui dépendent des banques pour faire circuler l'argent, c'est le nœud du sujet : qui peut se brancher directement sur la monnaie centrale, et à quelles conditions.

    La deuxième est celle des transferts. Le rapport rappelle que les paiements transfrontaliers sont devenus une priorité politique depuis la feuille de route du G20 de 2020, et cite l'initiative Nexus, conçue pour relier entre eux des systèmes de paiement instantané de plusieurs pays. Pour une économie qui dépend autant des envois de sa diaspora, la vitesse et le coût de ces transferts ne sont pas un détail technique.

    La troisième tient à la méthode. Le CPMI plaide pour une réponse fondée sur les risques et les fonctions, « pas sur la technologie ». Autrement dit, on ne réglemente pas « la blockchain », on regarde ce que fait un dispositif : s'il règle des paiements, s'il conserve des actifs, s'il devient systémique.

    Ce n'est pas un feu vert aux cryptos, mais un cahier des charges

    Il ne faut pas lire ce rapport comme une bénédiction des stablecoins. Il dit l'inverse : les jetons privés sont tolérés à condition de rester arrimés à la monnaie de banque centrale, et leur usage hors du monde crypto reste marginal selon le CPMI lui-même.

    En Tunisie, la crypto ne dispose d'aucun cadre légal qui en autorise l'usage, et la réglementation des changes, sous l'autorité de la BCT et du code des changes, reste stricte. Un stablecoin en dollars n'y a pas de statut, et ce rapport ne change rien à cette réalité. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil d'investissement.

    Ce que le texte offre, c'est un cahier des charges pour les banques centrales qui veulent moderniser sans perdre la main. Interopérabilité, accès encadré, résilience opérationnelle, coopération internationale : le rapport insiste sur une vision d'ensemble, parce qu'une décision prise dans un domaine pèse sur les autres.

    Comme dans la médina, on peut ouvrir de nouvelles ruelles et de nouvelles échoppes. Mais tous les marchands continuent de compter avec le même dinar, celui de la Banque centrale. C'est lui, et non l'enseigne la plus clinquante, qui garde le souk debout.

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