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    Le Nasdaq-100 devient un jeton sur Stellar : les gérants construisent désormais leurs fonds on-chain

    Par Rédaction TunichainHarissa Chain

    Janus Henderson et Centrifuge ont lancé le 27 octobre JQQQ, premier fonds natif blockchain sous licence suivant le Nasdaq-100, exclusivement sur Stellar. La tokenisation passe des bons du Trésor aux grands indices boursiers. La Tunisie, sans cadre pour les titres tokenisés, regarde le chantier s'ouvrir.

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    Le Nasdaq-100 devient un jeton sur Stellar : les gérants construisent désormais leurs fonds on-chain

    100 entreprises, un seul jeton. Depuis le 27 octobre 2026, le Nasdaq-100, l'indice des cent plus grandes valeurs non financières de la Bourse technologique américaine, peut se détenir sous forme de jeton sur une blockchain publique. Le fonds s'appelle JQQQ. Il est géré par Janus Henderson, l'un des grands gérants d'actifs mondiaux, et fonctionne sur l'infrastructure de Centrifuge.

    Selon l'annonce publiée par Centrifuge, il s'agit du premier fonds natif blockchain offrant une exposition au Nasdaq-100 dans le cadre d'une stratégie parrainée par l'émetteur, sous licence de Nasdaq. Il est lancé exclusivement sur le réseau Stellar.

    Apple, Microsoft, Nvidia et leurs voisins de cote viennent d'entrer dans le portefeuille numérique.

    Pas une copie, un original

    Le mot important est « natif ». Jusqu'ici, la tokenisation consistait souvent à créer un jeton qui reflète un titre déjà existant, détenu ailleurs. Une photocopie numérique d'un actif classique.

    JQQQ fait autre chose. Le fonds est conçu dès le départ pour être émis et géré sur une blockchain publique. Ce n'est pas un vieux produit habillé de neuf. C'est un nouveau produit, pensé pour cet environnement.

    « La tokenisation devient beaucoup plus puissante quand les actifs que les investisseurs veulent détenir peuvent aussi devenir les briques d'un système financier on-chain », explique Anil Sood, directeur de la stratégie de Centrifuge.

    Concrètement, cela ouvre la porte à des usages impossibles avec un fonds traditionnel. Selon Centrifuge, les parts pourraient servir de garantie sur des marchés on-chain, être intégrées à des portefeuilles programmables ou à des produits structurés. Le jeton devient une pièce de Lego financière.

    Qui est derrière, et comment c'est monté

    Janus Henderson gère environ un demi-billion de dollars d'actifs, selon l'annonce. Sa plateforme on-chain regroupe déjà plus d'un milliard de dollars de stratégies institutionnelles, en bons du Trésor américain, en crédit structuré et désormais en actions.

    « En tant que l'un des cinq premiers fournisseurs mondiaux de fonds tokenisés, Janus Henderson s'est engagé à devenir le gérant d'actifs le plus sophistiqué technologiquement au monde », affirme Nick Cherney, responsable de l'innovation du groupe.

    Juridiquement, le montage est classique pour ce type de produit. JQQQ est un portefeuille ségrégué d'Anemoy Capital SPC, une société des îles Vierges britanniques. Anemoy Asset Management en est le gérant, Janus Henderson Investors US le sous-gérant. Le fonds n'est accessible qu'aux investisseurs éligibles, dans les juridictions où il peut être légalement proposé. Il est fermé aux personnes américaines.

    Pourquoi Stellar ?

    Le choix du réseau n'est pas anodin. Stellar s'est spécialisé dans la finance régulée et les paiements. Selon Centrifuge, les actifs réels tokenisés sur Stellar ont dépassé 4 milliards de dollars en 2026 : bons du Trésor, dette souveraine, fonds monétaires, crédit.

    « Stellar a été conçu pour la finance régulée, et nous attendons beaucoup d'autres produits comme celui-ci », assure Denelle Dixon, directrice générale de la Stellar Development Foundation.

    Ce n'est pas un coup isolé. Centrifuge avait déjà lancé en septembre 2025 SPXA, présenté comme le premier jeton de fonds sous licence suivant l'indice S&P 500, sur le réseau Base. Un an plus tard, c'est au tour du Nasdaq-100, cette fois avec un gérant de premier plan aux commandes. Les deux grands indices américains ont désormais leur version on-chain.

    Le message de fond est clair. La tokenisation est passée des actifs sans risque, comme les bons du Trésor, aux indices qui définissent les marchés actions mondiaux. L'étape suivante, ce sont les actions elles-mêmes, puis tout le reste.

    Et Tunis, dans la course ?

    Pour la Bourse de Tunis, le contraste est saisissant. Le marché tunisien est dématérialisé depuis longtemps : les titres sont inscrits en compte chez le dépositaire central, Tunisie Clearing. Mais il fonctionne sur une infrastructure centralisée classique, avec des horaires d'ouverture, des intermédiaires et des délais de règlement.

    Un fonds comme JQQQ, en théorie, peut changer de mains à toute heure, servir de garantie en quelques secondes et se combiner à d'autres produits. C'est une autre façon de penser le marché.

    À ce jour, la Tunisie ne dispose pas d'un cadre dédié aux titres tokenisés. Et les cryptoactifs n'y sont pas reconnus comme moyen de paiement.

    Pour un investisseur tunisien résident, JQQQ reste de toute façon inaccessible. La réglementation des changes encadre strictement les placements à l'étranger, et le fonds n'est proposé que dans certaines juridictions.

    Ce n'est pas une porte ouverte, mais un chantier à observer

    Il faut aussi garder la tête froide. Détenir JQQQ n'est pas détenir le Nasdaq-100. Les avertissements publiés avec l'annonce le rappellent : la valeur du fonds peut s'écarter de celle de l'indice, il peut ne pas être négociable aussi facilement, et sa valeur peut être perdue si le fonds est liquidé ou fait faillite.

    S'y ajoutent les risques propres à la blockchain : défaillance d'un réseau, faille d'un contrat intelligent, compromission d'un portefeuille numérique. Le traitement juridique, fiscal et réglementaire de la tokenisation reste lui aussi en évolution. Et les usages comme le prêt ou la garantie relèvent de tiers indépendants, que Janus Henderson ne propose ni ne cautionne.

    Autrement dit, la promesse est réelle, mais le chantier est ouvert.

    Ce que la Tunisie pourrait en tirer

    Pour un petit marché comme celui de Tunis, la tokenisation n'est pas forcément une menace. Elle pourrait être un levier : des émissions obligataires plus faciles à distribuer, des fonds accessibles à la diaspora, des petites entreprises capables de lever des fonds sans passer par une introduction en Bourse coûteuse.

    À condition de poser d'abord les règles. Un bac à sable réglementaire, piloté par le Conseil du marché financier et la Banque centrale, permettrait de tester sans risquer l'épargne du public.

    La chute

    Le Nasdaq-100 vient de passer sur blockchain. Tunis, elle, cherche encore la clé du coffre.

    Dans la cuisine de la finance mondiale, la harissa se prépare désormais en ligne. Il serait dommage que la Tunisie se contente de la goûter.

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