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    80 milliards de dollars échangés sur sa blockchain : Robinhood passe du courtier au réseau

    Par Rédaction TunichainHarissa Chain

    Selon ses résultats du 27 octobre, Robinhood Chain a dépassé 80 milliards de dollars de volume d'échanges et 50 millions de frais dès son premier trimestre, alors que les revenus crypto du courtier chutent de 55 %. La valeur glisse de la transaction vers l'infrastructure.

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    80 milliards de dollars échangés sur sa blockchain : Robinhood passe du courtier au réseau

    Plus de 80 milliards de dollars. C'est le volume d'échanges réalisé sur les plateformes décentralisées de Robinhood Chain, la blockchain de Robinhood, au cours de son premier trimestre d'existence en réseau principal. Le chiffre figure dans les résultats du troisième trimestre 2026 publiés par le courtier américain le 27 octobre et déposés auprès de la SEC. La chaîne a aussi généré plus de 50 millions de dollars de frais.

    Au même moment, dans le même document, une autre ligne raconte l'histoire inverse. Les revenus tirés du trading de cryptomonnaies sur l'application Robinhood ont chuté de 55 % sur un an, à 120 millions de dollars.

    Le courtier gagne moins quand ses clients achètent du bitcoin. Il commence à gagner quand ils utilisent sa blockchain.

    Les chiffres d'un trimestre contrasté

    Selon le communiqué de résultats de Robinhood, les revenus totaux ont atteint 1,42 milliard de dollars au troisième trimestre 2026, en hausse de 12 %, un record pour l'entreprise. Mais la crypto n'y est pour rien.

    Les volumes crypto échangés sur l'application ont reculé de 48 %, à 21 milliards de dollars. Sur Bitstamp, la plateforme d'échange rachetée par Robinhood, ils ont baissé de 28 %, à 29 milliards. Le marché est calme, les particuliers se tiennent à l'écart, et les commissions fondent.

    Ce sont les options, les actions et surtout les marchés de prédiction qui ont porté le trimestre. Les revenus des contrats sur événements ont été multipliés par plus de six, à 173 millions de dollars, et dépassent désormais ceux de la crypto.

    Dans ce paysage, Robinhood Chain est une ligne nouvelle, presque discrète. Elle est pourtant la plus intéressante pour qui s'intéresse à la blockchain.

    Une blockchain de courtier, pourquoi faire ?

    Pendant des années, les grandes plateformes ont vécu d'un modèle simple : une commission sur chaque achat et chaque vente. Quand les cours montent et que les particuliers se pressent, c'est l'abondance. Quand le marché s'endort, c'est la disette.

    Avoir sa propre blockchain change l'équation. Chaque transaction sur le réseau paie des frais, qu'elle porte sur une cryptomonnaie, un stablecoin, un jeton d'action ou un produit financier tokenisé. Le courtier ne vit plus seulement de l'enthousiasme de ses clients pour le bitcoin, mais de l'activité de toute une infrastructure.

    C'est la même logique qu'une autoroute à péage : peu importe ce que transportent les camions, ils paient pour passer.

    Les 80 milliards de dollars de volume des plateformes décentralisées de la chaîne en un seul trimestre en font déjà un acteur qui compte. Les 50 millions de frais, eux, montrent qu'un réseau peut devenir une source de revenus à part entière, indépendante du cours du jour.

    La finance traditionnelle construit ses propres rails

    Robinhood n'est pas un cas isolé. Ces derniers mois, des banques, des gérants d'actifs et des infrastructures de marché ont multiplié les projets de tokenisation : fonds monétaires sur blockchain, actions représentées par des jetons, stablecoins émis par des établissements régulés.

    Le mouvement de fond est clair. La blockchain n'est plus seulement l'outil des cryptomonnaies ; elle devient une plomberie financière que les acteurs installés veulent contrôler. Plutôt que de laisser leurs clients partir vers des réseaux publics qu'ils ne maîtrisent pas, ils bâtissent leurs propres chaînes, compatibles avec les standards existants.

    Robinhood indique par ailleurs avoir obtenu l'autorisation du régulateur financier de Dubaï, et prévoit de déployer sa gamme de produits dans la région en 2027. La blockchain du courtier s'approche donc, géographiquement, du monde arabe.

    Le retour des marchés de prédiction

    Le même document éclaire une autre tendance. Les contrats sur événements, ces paris financiers sur l'issue d'une élection, d'une décision de banque centrale ou d'un match, ont représenté 16,4 milliards de contrats échangés sur le trimestre, plus de sept fois plus qu'un an plus tôt, selon Robinhood.

    Ce succès montre que les particuliers n'ont pas perdu le goût du risque : ils l'ont simplement déplacé. Hier le jeton à la mode, aujourd'hui le pari sur l'actualité. Pour une plateforme, l'important est d'être le guichet, quel que soit le produit qui attire la foule.

    Une blockchain propre permet justement d'accueillir tous ces produits sur la même infrastructure, avec les mêmes rails de règlement.

    Et la harissa dans tout ça ?

    Pour la Tunisie, la leçon n'est pas de lancer une blockchain de courtier demain matin. Le marché financier local est étroit, la Bourse de Tunis compte quelques dizaines de sociétés cotées, et les cryptoactifs restent en dehors du cadre autorisé.

    La leçon est ailleurs : la valeur se déplace de la transaction vers l'infrastructure. Ceux qui possèdent les rails capturent une part de chaque échange, durablement.

    C'est un message pour les institutions tunisiennes qui réfléchissent à la modernisation des paiements, au registre des titres ou à la traçabilité des échanges. Moderniser ses infrastructures de marché, c'est aussi décider qui en garde la maîtrise. Les acteurs étrangers, eux, n'attendent pas.

    C'est aussi un message pour les développeurs tunisiens. Les compétences en contrats intelligents, en sécurité des blockchains et en intégration de réseaux sont recherchées partout où se construisent ces rails. Une partie de ce travail peut se faire à distance, depuis Tunis, Sousse ou Sfax.

    La nuance

    Ce n'est pas la preuve que la blockchain de Robinhood est un succès durable. Un premier trimestre est souvent dopé par les incitations au lancement, et les volumes des plateformes décentralisées peuvent être très volatils. Les 50 millions de frais restent modestes face aux 1,42 milliard de revenus totaux.

    Mais la direction est révélatrice. Au moment même où le trading de cryptomonnaies s'essouffle, un grand courtier mise sur la couche d'en dessous, celle que les clients ne voient pas mais qu'ils utilisent à chaque opération.

    Les marchés passent, les rails restent. Et dans la harissa comme dans la blockchain, c'est souvent ce qu'on ne voit pas qui donne le goût.

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