France à -0,1 %, Italie à zéro : les deux premiers clients de la Tunisie calent cet été
Selon Eurostat, le PIB de la France a reculé de 0,1 % au troisième trimestre 2026 et celui de l'Italie a stagné, alors que la zone euro gagne 0,4 %. Or ces deux pays, avec l'Allemagne (+0,2 %), absorbent 53,3 % des exportations tunisiennes, selon l'INS. Dans le même temps, l'OPEP+ a gelé sa production pour décembre. Un effet ciseaux à surveiller pour la balance commerciale.

-0,1 %. C'est la variation du produit intérieur brut de la France au troisième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent, selon l'estimation flash préliminaire publiée par Eurostat le 30 octobre. L'Italie ne fait pas mieux : 0,0 %, une croissance nulle. L'Allemagne avance à petits pas, avec +0,2 %.
Le paradoxe, c'est que la zone euro dans son ensemble se porte plutôt bien. Selon l'office statistique européen, son PIB a progressé de 0,4 % sur le trimestre et de 1,3 % sur un an, porté notamment par l'Espagne (+0,6 %) et par une Irlande toujours hors norme (+5,5 %, une estimation qualifiée d'expérimentale). Sur un an, la France recule de 0,1 % et l'Italie progresse de 0,8 %.
Eurostat prévient que ces chiffres reposent sur des données incomplètes et pourront être révisés. Une deuxième estimation est attendue le 13 novembre. Mais pour un lecteur tunisien, ce tableau n'a rien d'une statistique lointaine : les trois pays qui ralentissent le plus sont, dans l'ordre, les trois premiers clients de la Tunisie.
Un souk qui vend surtout de l'autre côté de la mer
Selon la note de l'Institut national de la statistique sur le commerce extérieur des neuf premiers mois de 2026, les exportations tunisiennes ont atteint 50 400 millions de dinars, en hausse de 8,6 %. Sur ce total, 35 386,3 millions de dinars sont partis vers l'Union européenne, soit 70,2 % des ventes du pays à l'étranger.
Le détail est encore plus parlant. La France absorbe 22,7 % des exportations tunisiennes, l'Italie 16,6 % et l'Allemagne 14 %. Autrement dit, plus d'un dinar exporté sur deux, 53,3 % exactement, atterrit dans l'une de ces trois économies. Ce sont précisément les trois grandes économies de la zone euro qui ont le moins progressé cet été.
Jusqu'ici, les commandes ont tenu. Toujours selon l'INS, les exportations vers la France ont augmenté de 5,4 % sur neuf mois, celles vers l'Italie de 5 % et celles vers l'Allemagne de 3,9 %. C'est nettement moins que la moyenne nationale de 8,6 %.
Ce sont d'autres moteurs qui ont tiré le chiffre global. L'huile d'olive d'abord, avec 4 005,7 millions de dinars de ventes contre 2 915,2 millions un an plus tôt. Les produits raffinés ensuite, passés de 610,4 à 1 396,2 millions de dinars. Et des marchés arabes en forte hausse, comme l'Égypte (+78,6 %) ou l'Arabie saoudite (+52,1 %).
Ce que ça change pour la Tunisie
Le premier canal est industriel. Les industries mécaniques et électriques, avec le câblage automobile et les composants en tête, sont le cœur des ventes tunisiennes à l'Europe. Elles ont encore progressé de 9,9 % sur neuf mois, selon l'INS. Mais elles travaillent à la commande pour des donneurs d'ordre européens. Quand l'usine française ou la chaîne de montage allemande lève le pied, la sous-traitance de Ben Arous, Sousse ou Bizerte le ressent, généralement avec quelques mois de décalage.
Le deuxième canal est le textile. Le secteur textile, habillement et cuir a déjà reculé de 4,7 % sur neuf mois, d'après la même note. Une consommation française atone n'arrange rien pour une filière dont les carnets de commandes dépendent largement des enseignes européennes.
Le troisième canal passe par les ménages. Une famille française ou italienne dont l'économie stagne arbitre ses dépenses, vacances comprises. Et les Tunisiens installés en France et en Italie, dont les envois comptent dans les rentrées de devises du pays, vivent eux aussi au rythme de ces économies.
Le pétrole ne vient pas à la rescousse
L'autre nouvelle du week-end alourdit le tableau. Le 1er novembre, les sept pays de l'OPEP+ engagés dans des ajustements volontaires de production, l'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l'Algérie et Oman, ont décidé lors d'une réunion virtuelle de maintenir en décembre 2026 leur production aux niveaux requis de septembre, selon le communiqué de l'organisation. Ils avaient déjà fait le même choix pour novembre. Prochain rendez-vous : le 29 novembre.
Pour la Tunisie, importatrice nette d'énergie, une offre qui n'augmente pas, c'est une facture qui ne se détend pas. L'INS chiffre le déficit de la balance énergétique à 10 480 millions de dinars sur neuf mois, contre 8 106,4 millions un an plus tôt.
En Europe, l'énergie reste d'ailleurs le principal carburant de l'inflation. Selon Eurostat, les prix de l'énergie dans la zone euro étaient en hausse de 18,9 % sur un an en septembre, pour une inflation globale de 3,8 %, dont 3,4 % en France et 4,2 % en Italie. Des prix qui grimpent rognent le pouvoir d'achat des consommateurs européens, ceux-là mêmes qui achètent les jeans, les câbles et l'huile d'olive tunisiens.
L'effet ciseaux en chiffres
Mis bout à bout, ces deux mouvements dessinent un effet ciseaux. D'un côté, des clients historiques qui calent. De l'autre, une facture énergétique que l'OPEP+ ne cherche pas à alléger. Le résultat se lit déjà dans la note de l'INS : un déficit commercial de 20 997 millions de dinars sur neuf mois, contre 16 727 millions un an plus tôt, et un taux de couverture des importations par les exportations tombé de 73,5 % à 70,6 %.
Les importations, elles, ont bondi de 13,1 %, à 71 397 millions de dinars. Celles venant de France ont progressé de 18,1 % et celles venant d'Italie de 18,6 %. La Tunisie achète donc de plus en plus à des voisins qui, eux, lui achètent à un rythme plus modéré.
Ce n'est pas une récession, mais un signal
Il faut garder la tête froide. Ce n'est pas une récession européenne : la zone euro croît de 0,4 % sur le trimestre, un rythme honorable. L'Espagne, cinquième client de la Tunisie avec 5,3 % des exportations, accélère. Et un recul de 0,1 % en France sur un trimestre, sur des données préliminaires, peut être corrigé dès la mi-novembre.
Ce n'est pas non plus une rupture des commandes. Sur neuf mois, les ventes tunisiennes vers les trois grands clients européens continuent de croître, et la diversification vers le monde arabe commence à produire des résultats visibles.
Mais c'est un signal. Une économie qui place plus de la moitié de ses exportations dans trois pays devenus les plus lents de leur zone ne peut pas compter indéfiniment sur l'huile d'olive et les bonnes surprises pour compenser. La vraie question, pour les exportateurs comme pour les décideurs, est de savoir si 2027 sera l'année où la Tunisie apprend à vendre ailleurs autant qu'elle vend au nord.
Quand Paris tousse, Sousse s'enrhume ; et quand l'OPEP+ serre le robinet, c'est toute la balance tunisienne qui grelotte.
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