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    Deux voix pour une hausse : la Fed garde ses taux, la dette tunisienne garde les yeux sur Washington

    Par Rédaction TunichainFinanSouk

    Le 28 octobre, la Fed a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %, mais deux membres ont voté pour une hausse. Selon la BCT, le dollar vaut 3,008 dinars et le service de la dette extérieure recule de 11,7 %. Un répit sur les échéances, pas sur le coût de l'argent.

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    Deux voix pour une hausse : la Fed garde ses taux, la dette tunisienne garde les yeux sur Washington

    Dix voix contre deux. Le 28 octobre 2026, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine a maintenu son taux directeur dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. Mais le détail du vote mérite plus d'attention que la décision elle-même : les deux membres dissidentes, la gouverneure Lisa Cook et la présidente de la Fed de Cleveland Beth Hammack, ne réclamaient pas une baisse. Elles voulaient une hausse d'un quart de point.

    Le communiqué de la Fed est sans ambiguïté : « l'inflation reste élevée ». L'institution dit attendre davantage d'informations pour fixer une politique qui assure un retour « dans les délais » de l'inflation vers son objectif de 2 %.

    À Washington, on ne parle plus de baisser les taux. On se demande quand les remonter.

    Pourquoi le souk de Tunis écoute Washington

    Pour un commerçant de la rue d'Espagne, la Fed paraît bien lointaine. Elle ne l'est pas. Le prix de l'argent fixé à Washington se propage à toute l'économie mondiale, et la Tunisie, qui s'endette, importe et facture en devises, en ressent chaque secousse.

    Le premier canal est la dette. Quand les taux américains restent élevés, emprunter sur les marchés internationaux coûte plus cher à tous les pays émergents, et plus encore à ceux dont la note de crédit est faible. Les investisseurs exigent une prime de risque au-dessus du rendement des emprunts d'État américains : si le socle monte, l'ensemble de l'édifice monte avec lui.

    Le deuxième canal est le dollar. Une Fed restrictive soutient la devise américaine. Or une partie de la dette extérieure tunisienne, et surtout une grande part des importations d'énergie et de céréales, se paie en dollars.

    Ce que disent les chiffres de la BCT

    Les indicateurs quotidiens de la Banque centrale de Tunisie permettent de mesurer ces effets.

    Côté change, au 27 octobre, le dollar s'échangeait en moyenne à 3,008 dinars sur le marché interbancaire, contre 2,937 un an plus tôt : une hausse de 2,4 %. L'euro, lui, a reculé de 1,7 % sur la même période, à 3,353 dinars. Le dinar s'est donc déprécié face au dollar tout en s'appréciant face à l'euro.

    Côté dette, le service de la dette extérieure cumulé depuis janvier atteignait 9 579,3 millions de dinars au 20 octobre 2026, selon la BCT. C'est 1 273,1 millions de moins qu'à la même date de 2025, soit une baisse de 11,7 %. Le calendrier des remboursements est plus léger cette année.

    Côté réserves, les avoirs nets en devises s'établissaient à 24 248,8 millions de dinars le 28 octobre, soit 93 jours d'importation, contre 106 jours un an plus tôt.

    Un répit sur les échéances, pas sur les prix

    La baisse du service de la dette est une bonne nouvelle. Elle soulage la balance des paiements et laisse un peu plus de devises disponibles pour les importations. Mais elle tient d'abord au calendrier, pas à une baisse du coût de l'argent.

    La vraie question, pour 2027 et au-delà, est celle du refinancement. La Tunisie a privilégié ces dernières années le financement intérieur, en s'appuyant sur les banques locales et sur la Banque centrale, plutôt que sur les marchés internationaux. Un choix qui évite de payer les primes de risque très élevées exigées aux pays mal notés, mais qui pèse sur la liquidité du système bancaire local.

    Avec une Fed qui envisage de remonter ses taux, la fenêtre d'un retour à bon prix sur les marchés internationaux ne s'ouvre pas. Elle a même tendance à se refermer.

    Le paradoxe du taux tunisien

    Pendant que la Fed hésite à monter, la BCT a fait l'inverse. Son taux directeur est à 7 %, contre 7,5 % un an plus tôt, selon ses propres indicateurs. L'écart entre les deux banques centrales s'est donc réduit.

    Ce n'est pas un problème immédiat : le dinar n'est pas librement convertible, et les capitaux ne peuvent pas fuir aussi facilement qu'ailleurs. Mais un écart qui se resserre rend le dinar un peu moins attractif pour les placements en devises, et laisse moins de marge à la BCT si l'inflation repartait.

    Car la Fed n'est pas seule à surveiller les prix. Une énergie chère et un dollar fort sont deux ingrédients d'inflation importée pour la Tunisie. La BCT devra arbitrer entre soutenir le crédit et contenir les prix, avec un œil sur Washington.

    Ce que ça change pour les entreprises

    Pour les importateurs qui paient en dollars, chaque centime de dinar perdu face au billet vert renchérit le coût des marchandises. Pour les exportateurs vers l'Europe, payés en euros, la légère appréciation du dinar face à l'euro rogne un peu les marges.

    Les entreprises qui empruntent en devises auprès de bailleurs étrangers voient leurs conditions suivre, avec retard, l'évolution des taux internationaux. Et les startups qui espéraient des levées de fonds abondantes savent qu'un argent cher aux États-Unis assèche aussi le capital-risque mondial.

    Ce que surveiller dans les prochaines semaines

    Trois indicateurs méritent l'attention. D'abord, la prochaine réunion de la Fed en décembre, où une hausse n'est plus exclue. Ensuite, le cours du dinar face au dollar, déjà au-dessus de 3 dinars sur le marché interbancaire. Enfin, les réserves en devises de la BCT, qui donnent la mesure de la marge de manœuvre du pays.

    Si ces trois voyants restent stables, la Tunisie traversera cette période de taux élevés sans dommage majeur. Si l'un d'eux s'allume, c'est toute la stratégie de financement intérieur qui sera mise à l'épreuve.

    La nuance

    Ce n'est pas une crise. La Fed n'a pas monté ses taux, et les marchés avaient largement anticipé cette pause. Le service de la dette tunisienne baisse, les réserves restent au-dessus de trois mois d'importations, et le dinar n'a pas décroché.

    Mais la direction est donnée. L'époque de l'argent bon marché n'est pas pour demain, et deux membres de la Fed ont déjà voté pour la serrer d'un cran.

    Dans le souk, on dit qu'il faut regarder la balance du voisin avant de fixer son prix. Pour la Tunisie, la balance du voisin s'appelle Washington.

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