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    4,5 milliards d'euros de garanties : le solaire tunisien entre dans la plateforme T-MED

    Par Rédaction TunichainFinanSouk

    Bruxelles lance T-MED, une plateforme dotée de 4,5 milliards d'euros de garanties pour l'énergie verte en Méditerranée. La Tunisie y obtient un appui pour deux centrales solaires de 100 MW et leur réseau. Une garantie n'est pas un chèque : tout dépendra des projets bancables et du réseau de la STEG.

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    4,5 milliards d'euros de garanties : le solaire tunisien entre dans la plateforme T-MED

    4,5 milliards d'euros. C'est la capacité de garantie que la Commission européenne met sur la table pour sa nouvelle plateforme d'investissement T-MED, lancée le 26 octobre 2026 à Bruxelles. Objectif affiché : attirer l'argent privé vers les énergies renouvelables et les technologies propres autour de la Méditerranée.

    La Tunisie figure parmi les tout premiers dossiers cités. Selon la Commission, T-MED soutient la construction de deux centrales solaires photovoltaïques de 100 MW chacune, ainsi que leurs infrastructures de transport d'électricité, avec un appui européen d'environ 92 millions d'euros pour les centrales et 80 millions d'euros pour le réseau associé.

    Soit quelque 172 millions d'euros pour 200 MW de solaire et les lignes qui vont avec. Dans un pays qui a vécu un été 2026 marqué par les coupures d'électricité et dont l'énergie creuse la balance commerciale, ce n'est pas un détail de communiqué.

    Une garantie, pas un chèque

    Il faut d'abord comprendre la mécanique. Les 4,5 milliards d'euros ne sont pas des subventions versées directement aux États. Il s'agit d'une capacité de garantie logée dans le Fonds européen pour le développement durable Plus (FEDD+), l'instrument par lequel Bruxelles couvre une partie du risque pris par les banques et les investisseurs.

    Le principe est simple : si un projet tourne mal, la garantie européenne absorbe une partie des pertes. Le prêteur accepte alors de financer à des conditions qu'il n'aurait jamais offertes seul, sur des marchés jugés risqués. La Commission dit vouloir ainsi réduire le risque d'investissement, attirer le capital privé et accélérer les projets viables.

    La plateforme jouera aussi les entremetteuses, en rapprochant les porteurs de projets des sources de financement. Elle couvre la production d'électricité renouvelable, l'hydrogène renouvelable, les réseaux de transport et de distribution, le stockage, les interconnexions transfrontalières et la fabrication de technologies propres.

    À l'horizon 2035, T-MED vise à mobiliser jusqu'à 25 milliards d'euros d'investissements attendus, et à former ou requalifier jusqu'à 10 000 travailleurs, selon la Commission. La plateforme est une pièce maîtresse du Pacte pour la Méditerranée, lancé officiellement le 28 novembre 2025.

    Pourquoi la Tunisie est en première ligne

    Pour un pays comme la Tunisie, l'enjeu est d'abord financier. Construire une centrale solaire coûte cher au départ, mais presque rien ensuite : pas de gaz à acheter, pas de facture en dollars à chaque cargaison. Tout se joue donc sur le coût du capital, et c'est précisément là que la garantie européenne intervient.

    Une note souveraine fragile rend chaque emprunt plus coûteux pour l'État, pour la STEG et pour les développeurs privés qui travaillent avec elle. En couvrant une partie du risque, Bruxelles fait baisser la prime exigée par les prêteurs. Sur un projet de plusieurs dizaines de millions d'euros remboursé sur vingt ans, quelques points de taux en moins changent tout.

    Le deuxième enjeu est la balance énergétique. Chaque kilowattheure produit par le soleil tunisien est un kilowattheure qui n'exige ni gaz importé ni devises. Dans un contexte où la facture énergétique pèse lourd sur les réserves, 200 MW supplémentaires de solaire, c'est une petite soupape pour le dinar.

    Le troisième enjeu est le réseau. Le fait que la Commission finance à part, à hauteur d'environ 80 millions d'euros, les infrastructures de transport associées aux deux centrales n'est pas anodin. Produire de l'électricité dans le Sud ne sert à rien si les lignes ne peuvent pas l'acheminer vers les zones de consommation.

    Le fil qui mène à la Sicile

    T-MED s'inscrit dans une stratégie européenne plus large dont la Tunisie est déjà une pièce centrale. Le projet ELMED, porté par la STEG et l'italien Terna, prévoit un câble sous-marin à haute tension de 600 MW et d'environ 200 kilomètres entre la Tunisie et l'Italie.

    En juin 2024, l'équipe Europe annonçait 472,6 millions d'euros d'engagements pour ELMED et son écosystème, dont 307,6 millions de subventions du Mécanisme pour l'interconnexion en Europe, selon la Banque européenne d'investissement (BEI). La BERD a, de son côté, prêté 45 millions d'euros à la STEG pour ce projet, dans une enveloppe de prêts de 125 millions d'euros partagée avec la BEI et la KfW.

    À cette occasion, la Tunisie et l'Union européenne avaient confirmé un objectif de 35 % d'énergies renouvelables à l'horizon 2030, rappelle la BEI. Les centrales soutenues par T-MED sont une brique de plus vers cet objectif, et la future interconnexion offre, à terme, un débouché vers le marché européen.

    Ce n'est pas un pactole, mais un effet de levier

    Il faut garder la tête froide. Les 4,5 milliards d'euros concernent l'ensemble de la Méditerranée, et non la seule Tunisie. Dans le communiqué de la Commission, l'Égypte occupe d'ailleurs une place bien plus importante, avec un projet de modernisation du réseau de 1,6 milliard d'euros et une usine d'ammoniac vert de 575 millions d'euros à Aïn Sokhna.

    Ensuite, une garantie ne construit rien par elle-même. Elle ne sert que si des projets solides, bancables et autorisés se présentent au guichet. La Commission le reconnaît implicitement en promettant un appui non financier : amélioration des cadres réglementaires, des procédures d'autorisation, de l'accès au réseau et des contrats d'achat d'électricité.

    C'est là que se situe le vrai goulot d'étranglement tunisien. Les délais d'autorisation, la capacité du réseau à absorber l'électricité intermittente et la solidité financière de l'acheteur unique qu'est la STEG pèseront autant que les garanties de Bruxelles. Le communiqué ne précise d'ailleurs ni la localisation des deux centrales, ni leurs développeurs, ni leur calendrier.

    Enfin, la question de la destination de l'énergie reste posée. Une partie de l'ambition européenne consiste à importer, à terme, de l'électricité et de l'hydrogène verts produits sur la rive sud. Pour la Tunisie, l'intérêt sera de s'assurer que les premiers kilowattheures servent d'abord à sécuriser son propre approvisionnement.

    Ce que le souk doit surveiller

    Pour les entreprises tunisiennes, T-MED ouvre plusieurs portes. Les bureaux d'études, les installateurs, les fabricants de structures métalliques et de câbles peuvent espérer une part de la chaîne de valeur locale, que la Commission dit vouloir développer, tout comme les compétences. Les 10 000 travailleurs à former d'ici 2035 concernent l'ensemble de la région, mais la Tunisie dispose d'un vivier d'ingénieurs qui peut y prétendre.

    Pour les banques locales, la présence d'une garantie européenne peut faciliter des cofinancements en dinars, à condition que les montages le prévoient. Pour l'État, l'enjeu sera de transformer cette fenêtre en projets concrets avant que d'autres pays de la rive sud ne remplissent la file d'attente.

    Les prochains mois diront si les deux centrales de 100 MW sont le début d'une série ou une vitrine isolée. Le soleil, lui, ne manque pas : il manquait surtout le crédit pour le transformer en courant.

    Bruxelles vient d'ouvrir un étal de garanties dans le grand souk méditerranéen ; à la Tunisie de venir y marchander avant que le thé ne refroidisse.

    Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil d'investissement.

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