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    +38 % pour le Tunindex, +7,7 % de bénéfices : la Bourse de Tunis court plus vite que ses entreprises

    Par Rédaction TunichainFinanSouk

    Le Tunindex a fini octobre 2026 à 18 622,76 points, en hausse de 38,46 % depuis janvier, quand les bénéfices des cotées n'ont crû que de 7,7 %. Selon la Bourse de Tunis, les 65 sociétés ayant publié leurs comptes semestriels ont gagné 1 702 millions de dinars, dont 52 % pour les seules banques. Agroalimentaire et assurances tirent la croissance, plusieurs banques freinent. Décryptage d'un écart qui compte pour l'épargnant.

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    +38 % pour le Tunindex, +7,7 % de bénéfices : la Bourse de Tunis court plus vite que ses entreprises

    Le Tunindex a terminé la séance du vendredi 30 octobre 2026 à 18 622,76 points, en hausse de 0,89 % sur la journée et de 38,46 % depuis le début de l'année, selon le bulletin officiel de la Bourse de Tunis. Sur le seul mois d'octobre, l'indice phare a gagné environ 1,3 %, après une clôture à 18 386,35 points le 30 septembre. Le Tunindex20, qui regroupe les vingt valeurs les plus grandes et les plus liquides, affiche +36,66 % sur l'année.

    Trois jours plus tôt, le 27 octobre, la Bourse de Tunis publiait sa note sur les résultats semestriels des sociétés cotées. Le chiffre est solide, mais bien plus sage : +7,7 % de bénéfice net agrégé au premier semestre 2026, à 1 702 millions de dinars contre 1 581 millions un an plus tôt. D'un côté un indice qui grimpe de près de 40 %, de l'autre des profits qui progressent de moins de 8 %. C'est tout l'intérêt de cette fin octobre.

    Un semestre correct, porté par l'agroalimentaire

    Sur les 75 sociétés cotées, 65 avaient publié leurs comptes semestriels au moment de la note. Parmi elles, 60 sont bénéficiaires et 5 déficitaires ; 37 ont amélioré leur résultat. Les sociétés du Tunindex20 pèsent à elles seules environ 80 % du total, avec 1 354 millions de dinars de bénéfices, en hausse de 9,8 %.

    Les vrais moteurs du semestre se trouvent dans les biens de consommation, en progression de 20,6 %. Les trois grands groupes agroalimentaires — Poulina, Délice et SFBT — totalisent 352 millions de dinars, soit +22,1 %. Délice Holding signe la plus forte accélération parmi les gros contributeurs (+59,8 %, à 71,6 millions), Poulina Group Holding gagne 29,4 % et la SFBT reste la deuxième plus grosse machine à profits de la cote avec 185,1 millions.

    Les assurances (+27,8 %, à 131 millions pour sept compagnies) et l'industrie (+21,2 %) complètent le tableau des bons élèves. À l'inverse, les matériaux de base reculent de 37,4 % et les concessionnaires automobiles de 6,9 %.

    Les banques, poids lourds au pas de sénateur

    C'est le paradoxe du semestre. Les douze banques cotées concentrent environ 52 % des bénéfices de la cote, avec 891 millions de dinars. Mais leur résultat agrégé n'a progressé que de 2,7 %. Neuf d'entre elles ont amélioré leurs comptes, et certaines brillent : BIAT, premier contributeur avec 271,4 millions (+10,3 %), Amen Bank (+23,7 %), BNA (+13,8 %) ou Attijari Bank (+5,9 %).

    Le reste du secteur tire la moyenne vers le bas. D'après la note de la Bourse, l'ATB passe à une perte de 27,6 millions de dinars, contre un bénéfice de 2,6 millions un an plus tôt. Le résultat de la BH Bank recule de 72 % et celui de la STB de 59,4 %. Le leasing, lui, fait du surplace (+1,1 %).

    Pour un marché où la banque est la colonne vertébrale, ce rythme compte. Quand la moitié des profits avance à moins de 3 %, il devient difficile d'expliquer une hausse de l'indice de 38 % par les seuls bénéfices de l'année.

    Ce que ça change pour l'épargnant tunisien

    Premier enseignement : avec près de 40 % de hausse en dix mois, la Bourse de Tunis a offert en 2026 un rendement rare pour un placement accessible légalement depuis la Tunisie, en dinars et sans toucher à la réglementation des changes. Pour l'épargnant qui hésite entre un dépôt à terme, de l'immobilier ou la tentation des cryptomonnaies — qui ne sont pas reconnues comme moyen de paiement et pour lesquelles aucune plateforme n'est agréée localement —, le marché actions local reste le terrain réglementé, sous la supervision du Conseil du marché financier.

    Deuxième enseignement : la hausse ne vient pas uniquement des résultats. Une partie relève de la revalorisation — les investisseurs acceptent de payer plus cher chaque dinar de bénéfice qu'auparavant. C'est souvent le signe d'un marché qui manque d'alternatives, avec beaucoup de liquidités locales et peu de nouveaux titres pour les absorber.

    Troisième enseignement : le choix des valeurs compte plus que jamais. Entre une Délice qui gagne près de 60 % de bénéfice et une banque qui bascule dans le rouge, l'écart est énorme. Acheter « le marché » via un fonds (SICAV ou FCP) dilue ce risque ; parier sur une seule ligne l'amplifie.

    Pour les entreprises non cotées, enfin, le message est encourageant : une cote bien orientée est une fenêtre favorable pour lever des fonds ou s'introduire en Bourse. Encore faut-il que des candidats se présentent.

    Ce n'est pas une bulle, mais ce n'est plus une aubaine

    Il ne faut pas lire ces chiffres comme une alerte rouge. Comparer une hausse d'indice sur dix mois et une croissance des bénéfices semestriels sur un an n'est qu'une approximation : les cours anticipent aussi les résultats futurs, la rentabilité ne se résume pas à la croissance d'un semestre, et le second semestre peut confirmer l'accélération. Les sociétés de consommation, avec plus de 20 % de croissance, justifient en partie leur parcours.

    Mais la marge de sécurité s'est réduite. Plus les prix montent vite par rapport aux profits, plus le marché devient sensible à une mauvaise nouvelle : un résultat annuel décevant, une hausse des taux, un besoin de provisions dans une banque. La note de la Bourse rappelle d'ailleurs que dix sociétés, dont Tunisair, n'avaient pas encore publié leurs comptes semestriels au moment de sa rédaction.

    Le prochain juge de paix sera la saison des indicateurs du troisième trimestre, puis celle des comptes annuels 2026 au printemps. C'est là que l'on verra si les bénéfices rattrapent les cours, ou si ce sont les cours qui devront attendre les bénéfices.

    Le souk a monté ses prix, à la marchandise de suivre

    En 2026, la Bourse de Tunis s'est comportée comme un souk un jour de grande affluence : les étals sont pleins d'acheteurs, et les prix affichés montent plus vite que la marchandise ne s'améliore. L'agroalimentaire et l'assurance ont tenu leurs promesses ; une bonne partie des banques, elles, avancent au rythme d'un thé qu'on laisse infuser.

    Ce n'est pas une raison pour quitter la médina. C'est une raison pour y entrer avec un panier bien choisi plutôt qu'avec l'enthousiasme du premier venu. À +38 % pour l'indice et +7,7 % pour les bénéfices, la Bourse de Tunis a déjà encaissé une bonne partie des bonnes nouvelles : 2027 dira si les comptes rattrapent les cours.

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