Retour à la rubrique

    Du bitume plutôt que des promesses : le Fonds arabe trace la route du Nord-Ouest tunisien

    Par Rédaction TunichainFinanSouk

    Le Fonds arabe pour le développement économique et social a signé avec la Tunisie deux prêts de 45 millions de dinars koweïtiens pour l'autoroute Bousalem–Fernana et des pistes rurales. Un nouveau tronçon vers la frontière algérienne, financé à des conditions qu'aucun marché ne propose. Mais entre la signature et le premier camion, il reste à livrer.

    Partager :
    Du bitume plutôt que des promesses : le Fonds arabe trace la route du Nord-Ouest tunisien

    45 millions de dinars koweïtiens. C'est la somme que le Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES) a engagée envers la Tunisie pour deux chantiers bien concrets : l'autoroute Bousalem–Fernana, et un programme de pistes rurales. Deux accords de financement ont été signés mardi 27 octobre à Tunis entre le ministère de l'Économie et de la Planification et la direction du Fonds.

    Pas de levée sur les marchés internationaux. Pas d'euro-obligation. Du bitume, des kilomètres, et un prêteur qui connaît la maison.

    Dans le souk de la dette tunisienne, c'est un étal que l'on fréquente depuis longtemps. Et qui vient de rouvrir boutique.

    Deux prêts, deux décisions déjà actées

    Le détail compte, alors regardons les registres du Fonds lui-même. Lors de sa réunion du 30 mars 2026, le conseil d'administration du FADES a approuvé un prêt de 30 millions de dinars koweïtiens pour le projet « Bousalem – Fernana Highway ». Quelques mois plus tôt, lors de sa quatrième réunion de 2025, il avait validé 15 millions de dinars koweïtiens pour un programme de préparation de pistes rurales en Tunisie.

    Total : 45 millions de dinars koweïtiens.

    Au change, cela représente plusieurs centaines de millions de dinars tunisiens. Le dinar koweïtien est une monnaie lourde, et chaque unité prêtée pèse nettement plus qu'un dinar de Tunis.

    La signature de mardi transforme ces décisions de conseil en engagements juridiques. C'est l'étape qui permet, ensuite, les décaissements, les appels d'offres et les premiers coups de pelle.

    Ce que le Fonds n'a pas encore rendu public, en revanche, ce sont les conditions précises de ces deux nouveaux prêts : taux, durée, différé. Pour se faire une idée, on peut regarder les précédents. Le prêt accordé en 2011 pour le tronçon Oued Zarga–Bousalem affichait un taux de 3 %, une maturité de 22 ans et cinq ans de grâce. Celui de 2017 pour l'autoroute Tunis–Jelma descendait à 2,5 % sur 30 ans.

    Des conditions qu'aucun guichet de marché ne propose aujourd'hui à la Tunisie.

    L'A3 avance, tronçon par tronçon

    Bousalem–Fernana, ce n'est pas un projet sorti de nulle part. C'est le prolongement logique d'une histoire autoroutière que le FADES écrit avec la Tunisie depuis des années.

    Selon les fiches de projets du Fonds, il avait déjà financé le premier tronçon de l'axe vers l'Ouest, Tunis–Medjez El Bab–Oued Zarga. Puis le deuxième, Oued Zarga–Bousalem : environ 54 kilomètres à deux fois deux voies, un prêt de 38 millions de dinars koweïtiens signé en mai 2011, couvrant un peu plus de la moitié du coût du projet. Le Fonds présentait déjà ce tronçon comme une étape de la liaison entre Tunis et la frontière algérienne.

    Fernana, dans le gouvernorat de Jendouba, c'est le pas suivant.

    Dans le programme PIDA de l'Union africaine, le prolongement de l'autoroute depuis Bousalem vers la frontière algérienne est d'ailleurs inscrit comme un maillon de l'autoroute transmaghrébine, à raccorder à l'A3 côté tunisien et à l'autoroute Est-Ouest côté algérien.

    Autrement dit : le financement de mardi ne sert pas seulement à faire rouler plus vite les voitures de Jendouba. Il rapproche, mètre par mètre, une route qui doit un jour relier deux économies voisines.

    Le Nord-Ouest, client prioritaire

    Pour la Tunisie, l'enjeu est d'abord régional. Le Nord-Ouest compte parmi les régions où l'investissement privé peine le plus à s'installer. Les raisons sont connues : relief, enclavement, temps de trajet vers les ports et vers Tunis.

    Une autoroute ne règle pas tout. Mais elle change la carte mentale d'un investisseur. Un entrepôt à Jendouba ou un atelier agroalimentaire à Bousalem devient plus crédible quand le camion rejoint la capitale sans traverser chaque village.

    Le second prêt joue sur une autre corde. Les pistes rurales, ce sont les capillaires de l'économie agricole. Celles par lesquelles passent les olives, les céréales, le lait, avant d'arriver aux huileries, aux centres de collecte et aux marchés.

    Le FADES n'en est pas à son coup d'essai sur ce terrain. Son prêt de 2015, de 50 millions de dinars koweïtiens, prévoyait la construction et l'amélioration de 99 pistes rurales, environ 630 kilomètres, dans neuf gouvernorats. En 2023, il avait encore engagé 16 millions de dinars koweïtiens pour les routes classées.

    À l'heure où démarre une nouvelle campagne oléicole, l'image est parlante : une récolte vaut aussi ce que vaut le chemin qui la sort du champ.

    Ce n'est pas de l'argent gratuit, mais c'est de l'argent patient

    Il faut garder la tête froide. Un prêt reste un prêt. Il s'ajoute à l'encours de la dette extérieure et devra être remboursé, en devises, sur des décennies.

    Ce n'est pas non plus une bouffée d'oxygène budgétaire immédiate. Ces fonds sont fléchés vers des projets. Ils ne viennent pas financer les salaires ni combler un trou de trésorerie. Et ils ne se décaissent qu'au rythme des chantiers, ce qui suppose des appels d'offres bouclés, des expropriations réglées et des entreprises capables de tenir les délais.

    Sur ce point, la Tunisie connaît la chanson. Les grands projets d'infrastructure ont souvent pris du retard entre la signature et l'inauguration. Le Fonds lui-même prévoyait, en 2011, l'achèvement du tronçon Oued Zarga–Bousalem pour la mi-2014.

    Mais il serait tout aussi faux de balayer l'accord d'un revers de main.

    Ce type de financement concessionnel, long et à taux modéré, est précisément ce qui manque à un pays qui a peu accès aux marchés internationaux de capitaux. Dans le grand souk de la dette, la Tunisie ne peut pas faire la fine bouche. Elle a tout intérêt à choisir les étals où le prix est raisonnable et où le vendeur accepte d'attendre.

    Le FADES, créé en 1968 et soutenu par 22 États membres, a engagé plus de 11 milliards de dinars koweïtiens de prêts au secteur public dans la région depuis sa création, selon ses propres données. Un partenaire de long cours, donc, plutôt qu'un marchand de passage.

    Un rendez-vous arabe à préparer

    La séquence ne s'arrête pas là. Les autorités tunisiennes ont confirmé que la Tunisie accueillera, au printemps 2027, les réunions annuelles conjointes des institutions financières arabes. Le FADES s'est dit prêt, de son côté, à étudier de nouvelles propositions de projets tunisiens.

    C'est une occasion à ne pas rater. Arriver à ce rendez-vous avec des chantiers qui avancent, des décaissements réels et des projets bien ficelés, c'est la meilleure façon de convaincre les bailleurs de remettre la main au portefeuille.

    Car dans ce souk-là, la réputation se construit comme une route : couche après couche, et elle se juge à l'usage.

    La vraie question n'est donc pas « combien ? », mais « quand ? ». Combien de temps entre le stylo de mardi et le premier camion qui roulera sur le bitume de Fernana.

    Signer, c'est négocier le prix. Livrer, c'est gagner la confiance du souk.

    Partager :

    À lire aussi

    1 nov. 2026

    +38 % pour le Tunindex, +7,7 % de bénéfices : la Bourse de Tunis court plus vite que ses entreprises

    Le Tunindex a fini octobre 2026 à 18 622,76 points, en hausse de 38,46 % depuis janvier, quand les bénéfices des cotées n'ont crû que de 7,7 %. Selon la Bourse de Tunis, les 65 sociétés ayant publié leurs comptes semestriels ont gagné 1 702 millions de dinars, dont 52 % pour les seules banques. Agroalimentaire et assurances tirent la croissance, plusieurs banques freinent. Décryptage d'un écart qui compte pour l'épargnant.

    Rédaction Tunichain
    31 oct. 2026

    4,5 milliards d'euros de garanties : le solaire tunisien entre dans la plateforme T-MED

    Bruxelles lance T-MED, une plateforme dotée de 4,5 milliards d'euros de garanties pour l'énergie verte en Méditerranée. La Tunisie y obtient un appui pour deux centrales solaires de 100 MW et leur réseau. Une garantie n'est pas un chèque : tout dépendra des projets bancables et du réseau de la STEG.

    Rédaction Tunichain
    30 oct. 2026

    BCE en pause à 2,50 % : le premier client de la Tunisie face à une énergie 18,9 % plus chère

    La BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,50 % le 29 octobre 2026, alors que l'énergie flambe de 18,9 % dans la zone euro. Pour la Tunisie, qui vend 70,2 % de ses exportations à l'UE et dont le déficit énergétique atteint 10 480 millions de dinars, la pause de Francfort n'a rien d'abstrait. Décryptage d'un choc partagé des deux côtés de la Méditerranée.

    Rédaction Tunichain
    29 oct. 2026

    Deux voix pour une hausse : la Fed garde ses taux, la dette tunisienne garde les yeux sur Washington

    Le 28 octobre, la Fed a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %, mais deux membres ont voté pour une hausse. Selon la BCT, le dollar vaut 3,008 dinars et le service de la dette extérieure recule de 11,7 %. Un répit sur les échéances, pas sur le coût de l'argent.

    Rédaction Tunichain

    Commentaires (0)

    Vous devez être connecté pour commenter

    Soyez le premier à commenter cet article !