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    6 millions $ pour semer en Afrique : Madica relance son pré-seed, la Tunisie a déjà deux pousses dedans

    Par Rédaction TunichainStart'Upia

    Flourish Ventures injecte 6 millions de dollars pour prolonger de trois ans Madica, son programme pré-seed africain. Objectif : 25 à 30 nouvelles startups, avec des tickets jusqu'à 200 000 dollars. Les tunisiennes Pixii Motors et Anavid font déjà partie des 18 premiers paris. Un signal, pas un pactole.

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    6 millions $ pour semer en Afrique : Madica relance son pré-seed, la Tunisie a déjà deux pousses dedans

    6 millions de dollars. C'est la nouvelle enveloppe que Flourish Ventures, fonds de capital-risque spécialisé dans la fintech, vient d'engager pour prolonger Madica, son programme d'investissement pré-seed dédié aux startups africaines. L'annonce a été faite le 27 octobre 2026 par Emmanuel Adegboye, responsable de Madica, sur le blog officiel du programme.

    La rallonge prolonge l'aventure de trois ans. Objectif affiché : soutenir 25 à 30 nouvelles entreprises, en plus des 18 investissements déjà réalisés pendant la phase pilote.

    Pour la Tunisie, l'information n'a rien d'exotique. Parmi ces 18 paris, au moins deux portent un passeport tunisien : Pixii Motors, qui conçoit des scooters électriques intelligents, et Anavid, qui fait parler les caméras de magasins grâce à l'intelligence artificielle.

    Trois ans, dix-huit paris, une rallonge

    Retour en arrière. Le 24 octobre 2022, Flourish Ventures lançait Madica avec une promesse simple : jusqu'à 200 000 dollars par startup, pour 25 à 30 fondateurs africains au stade pré-seed, sur trois ans. Le communiqué de lancement annonçait 6 millions de dollars de capital d'investissement, et un montant équivalent réservé à l'accompagnement.

    Quatre ans plus tard, le compteur affiche 18 entreprises. Moins que la cible initiale, mais Madica assume. Dans son bilan, Emmanuel Adegboye reconnaît que trois ans, c'est trop court pour juger du plein potentiel d'une jeune pousse : la croissance, la solidité et l'accès au tour suivant demandent un suivi plus long.

    Autre leçon tirée par l'équipe : inutile de vouloir combler tous les manques à la fois. Madica s'était donné quatre angles morts à corriger, le secteur, la géographie, le genre et le profil du fondateur. Désormais, chaque investissement vise d'abord le manque le plus important.

    Le constat de fond, lui, ne change pas. Selon Madica, le financement en phase d'amorçage s'est resserré, ce qui rend la continuité de ce type de programme d'autant plus importante. Emmanuel Adegboye le résume ainsi : l'idée a toujours été de soutenir assez de fondateurs dans les secteurs, les marchés et les profils habituellement sous-financés.

    Pixii, Anavid : la Tunisie déjà dans le panier

    Le premier pas de Madica en Afrique du Nord passe par la Tunisie. Le 12 février 2025, le programme annonçait quatre nouvelles entreprises, en Égypte, au Maroc, en Tanzanie et en Tunisie, et qualifiait l'opération de début de son empreinte nord-africaine. La recrue tunisienne : Pixii Motors, cofondée par Anis Fekih et Wafa Dhifi.

    Selon Madica, Pixii conçoit et assemble ses véhicules en Tunisie. Son premier modèle, le Shadow, est un scooter électrique connecté. La startup revendiquait alors plus de 70 précommandes de clients professionnels et particuliers, et préparait la certification CE pour viser l'Europe.

    Le 20 octobre 2025, deuxième ticket tunisien. Madica annonçait investir jusqu'à 200 000 dollars dans Anavid, cofondée par Ahmed Chaari et David Nilsson, et dans la marocaine Hypeo AI. Anavid développe un logiciel d'intelligence artificielle qui se branche sur les caméras déjà installées dans les commerces pour réduire les pertes liées au vol et améliorer l'expérience client.

    Le Maghreb pèse donc dans le portefeuille. Outre les deux tunisiennes, Madica a misé sur les marocaines ToumAI et Hypeo AI, puis, le 15 septembre 2026, sur l'algérienne Talenteo, première incursion du programme en Algérie.

    Ce que ça change pour un fondateur à Tunis

    Concrètement, Madica n'est pas un fonds qu'on approche par piston. Lors de son lancement, le programme se présentait comme ouvert, avec des candidatures acceptées toute l'année et sans introduction préalable. Les critères annoncés alors : un produit minimum viable, des fondateurs à plein temps, et peu ou pas de financement institutionnel.

    Le chèque s'accompagne d'un programme de 18 mois : mentorat, coaching de dirigeants, échanges entre pairs et mise en relation avec des investisseurs. Pour une startup tunisienne qui a son prototype mais pas encore son premier tour, c'est exactement la marche manquante entre le concours de pitch et le fonds de série A.

    Madica connaît aussi le terrain. Son équipe est revenue à Tunis fin juin 2026 pour les dix ans d'Open Startup, avec des heures de consultation pour fondateurs et une rencontre investisseurs co-organisée avec 216 Capital. Dans le compte rendu publié par Madica, Anis Fekih résume la difficulté du hardware : un pitch deck ne peut pas transmettre ce qu'il faut pour construire du matériel entre Bizerte et Paris.

    Sarah Ben Younes, fondatrice de V3 Factory, y livre une phrase qui pique : dans les écosystèmes émergents comme la Tunisie, le capital régional peut parfois ressembler davantage à une promesse qu'à une réalité.

    Ce n'est pas un pactole, mais un signal

    Soyons clairs : 6 millions de dollars pour tout un continent, c'est une goutte d'huile d'olive dans la jarre. Réparti entre 25 et 30 startups, le chèque unitaire reste plafonné à 200 000 dollars. On ne finance pas une usine avec ça, on finance une preuve.

    Et l'argent ne règle pas tout. Une startup tunisienne qui lève à l'étranger doit composer avec la réglementation des changes, encadrée par le code des changes et la Banque centrale de Tunisie. Le Startup Act apporte des assouplissements aux entreprises labellisées, mais chaque montage reste à vérifier avec un conseiller. Rien ici ne constitue un conseil d'investissement.

    Mais le signal compte. Un investisseur qui a déjà misé deux fois en Tunisie, qui y revient sur le terrain et qui renouvelle son enveloppe dit quelque chose : le pays reste sur la carte des fonds d'amorçage, même quand les grands tickets se font rares.

    Madica lui-même le reconnaît en creux. Son bilan insiste sur la nécessité, pour les fondateurs, d'accéder au capital de l'étape suivante. Un pré-seed sans relais local, c'est une graine plantée dans un pot trop petit.

    La graine, l'arrosoir et le terreau

    La vraie question n'est donc pas de savoir si Madica investira de nouveau en Tunisie. Elle est de savoir qui prendra le relais quand Pixii, Anavid ou leurs successeurs chercheront leur tour suivant.

    Emmanuel Adegboye conclut son bilan par une invitation : si Madica fait bien son travail, rien n'empêche d'autres acteurs de copier le modèle et la méthode. Le message vaut aussi pour les investisseurs tunisiens et maghrébins.

    Madica apporte la graine et l'arrosoir. Le terreau, lui, doit être local. Sinon, nos meilleures pousses finiront, comme le jasmin, par embaumer les jardins des autres.

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