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    1,05 M$ au soleil de Bahariya : NoorNation montre la voie de l'irrigation payée à l'usage

    Par Rédaction TunichainStart'Upia

    La startup égyptienne NoorNation lève 1,05 million de dollars, et son plus gros client entre au capital. Son modèle d'irrigation solaire payée à l'usage cible les petits agriculteurs. Une recette qui parle directement aux oasis et aux startups agritech tunisiennes.

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    1,05 M$ au soleil de Bahariya : NoorNation montre la voie de l'irrigation payée à l'usage

    1,05 million de dollars. C'est le montant du tour d'amorçage que vient de boucler NoorNation, une jeune entreprise cairote qui fait tourner des pompes d'irrigation au soleil plutôt qu'au gasoil. L'annonce a été publiée le 28 octobre 2026 sur la plateforme d'innovation portée par le ministère égyptien des Communications et des Technologies de l'information.

    Trois investisseurs participent au tour : Linah Farms, Catalyst Fund et KBW Ventures. Selon NoorNation, l'opération a été conclue après neuf mois de due diligence.

    Le détail qui fait la différence tient en une phrase : Linah Farms, l'un des plus gros clients de NoorNation, devient actionnaire. Le client qui payait la facture d'énergie solaire entre désormais au capital de son fournisseur.

    Du client à l'actionnaire

    Selon le fondateur de NoorNation, Ragy Ramadan, l'opération marque le passage de Linah Farms du statut de client commercial à celui d'investisseur stratégique et de partenaire de développement. Ce n'est pas un détail de vocabulaire. Un client qui investit, c'est un client qui a vu les résultats de près, sur ses propres terres.

    Et ces résultats sont chiffrés. D'après NoorNation, le puits alimenté à l'énergie solaire dans l'oasis de Bahariya a permis d'économiser plus de 3 millions de livres égyptiennes de gasoil. Ce puits descend à 1 000 mètres de profondeur et fonctionne avec un système hybride solaire-diesel, piloté par un tableau de bord de suivi en temps réel.

    Le contexte de départ explique l'enthousiasme. Selon Mohamed Wahdan, directeur général de Linah Farms, les 30 puits de la palmeraie de dattes Majdool du groupe, qui s'étend sur 3 000 acres à Bahariya, fonctionnaient tous au gasoil lors des mesures d'empreinte carbone réalisées en 2021-2022. Mohannad Khader, fondateur de Linah Farms, indique que le groupe cherchait un partenaire solaire depuis plusieurs années.

    La suite est déjà planifiée : NoorNation doit développer cinq centrales solaires d'une puissance totale de 1,1 MW sur les exploitations de Linah Farms, à Bahariya et dans le gouvernorat de Minya. L'entreprise a aussi équipé l'école de culture du palmier dattier de la ferme d'un système solaire avec batteries.

    L'irrigation payée à l'heure

    Le cœur du projet ne concerne pas seulement les grands domaines. Linah Farms va aussi aider à financer le modèle d'irrigation solaire « à l'usage » de NoorNation, destiné aux petits agriculteurs.

    Le principe est simple. L'agriculteur ne paie rien au départ. NoorNation installe ses unités LifeBox pour faire tourner les pompes et accompagne le passage de l'irrigation par submersion au goutte-à-goutte. La facturation se fait ensuite selon les heures de fonctionnement ou le volume d'eau, avec une recharge possible via l'application de paiement My Fawry.

    Selon Ragy Ramadan, ce modèle est conçu pour permettre aux agriculteurs d'adopter l'irrigation solaire sans supporter le coût d'investissement initial. C'est exactement là que bloque la transition énergétique dans les campagnes : tout le monde sait que le soleil est gratuit, mais personne n'a l'argent pour acheter les panneaux.

    NoorNation cite parmi ses partenaires sur ce modèle le Programme alimentaire mondial, des organisations de développement communautaire et des associations locales.

    Une gamme qui dépasse le champ

    L'entreprise ne se limite pas à l'agriculture. Sa gamme comprend LifeBox pour les pompes et moteurs, NoorBox pour alimenter différents équipements en électricité, des services d'irrigation solaire, des systèmes raccordés au réseau et un logiciel de suivi connecté.

    Exemple côté tourisme : un système solaire de 400 kW installé au Sultan Gardens Resort de Charm el-Cheikh, un hôtel de 520 chambres. Selon NoorNation, la facture d'électricité du réseau national a baissé de plus de 2,2 millions de livres égyptiennes.

    La startup revendique aussi une présence aux Émirats arabes unis, via NoorNation Middle East, et au Tadjikistan, où deux unités de dessalement LifeBox ont été exportées vers deux hôpitaux avec l'UNICEF.

    Ce que ça change pour la Tunisie

    Pour un lecteur tunisien, l'histoire résonne fort. Le pays vit avec le stress hydrique, une agriculture qui puise dans les nappes, et des pompes qui tournent au gasoil ou à l'électricité du réseau. L'équation de Bahariya, puits profonds, palmiers dattiers, carburant cher, ressemble à s'y méprendre à celle de nos oasis du Sud.

    La leçon de NoorNation ne porte pas sur la technologie. Des panneaux solaires et des pompes, on en trouve partout. Elle porte sur le modèle économique : transformer un équipement coûteux en service payé à l'usage, et faire entrer un gros client au capital pour financer les petits.

    C'est une piste pour les startups tunisiennes de l'agritech et de l'énergie. Plutôt que de chercher uniquement des fonds de capital-risque, souvent rares, elles peuvent regarder du côté de leurs propres clients : groupes agricoles, exportateurs de dattes ou d'huile d'olive, hôteliers. Un client satisfait qui devient actionnaire apporte de l'argent, mais aussi un terrain d'essai et une référence commerciale.

    Le paiement par application mobile mérite aussi l'attention. En Égypte, la recharge passe par un portefeuille de paiement grand public. En Tunisie, un tel modèle supposerait des solutions de paiement mobile adaptées au monde rural, ce qui reste un chantier.

    Ce n'est pas un gros chèque, mais une bonne recette

    Soyons justes : 1,05 million de dollars, ce n'est pas une levée spectaculaire. C'est un tour d'amorçage classique, qui permet de financer quelques centrales et de tester un modèle à plus grande échelle. Rien ne garantit que l'irrigation à l'usage sera rentable auprès de milliers de petits agriculteurs, dont les revenus dépendent de la pluie et des prix du marché.

    Les économies annoncées sont aussi celles communiquées par l'entreprise elle-même, sur ses propres projets pilotes. Elles devront être confirmées dans la durée, et à une autre échelle.

    Côté tunisien, transposer le modèle n'est pas un copier-coller. Une startup qui ferait entrer un investisseur étranger à son capital devrait composer avec la réglementation des changes, encadrée par le code des changes et la Banque centrale de Tunisie. Le Startup Act prévoit des assouplissements pour les entreprises labellisées, mais chaque montage mérite d'être vérifié avec un conseiller. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil d'investissement.

    Mais la recette est là, et elle est lisible : un problème concret, des économies mesurables, un client qui croit assez au produit pour y mettre son argent.

    Le soleil comme associé

    Le monde des startups aime les histoires de licornes. NoorNation raconte une histoire plus modeste et plus utile : celle d'une entreprise qui a convaincu un client de devenir associé, en lui montrant sa facture de gasoil fondre au soleil.

    Pour nos oasis de Tozeur, de Kébili ou de Gabès, le message est clair. Le soleil ne manque pas, l'eau oui. Celui qui saura vendre la première au service de la seconde, au prix d'un verre de thé à la menthe par heure de pompage, aura trouvé la vraie datte Deglet Nour de l'entrepreneuriat.

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