848 517 bitcoins et pas un de plus : quand le plus gros acheteur du monde lève le pied
Entre le 19 et le 25 octobre, Strategy n'a acheté aucun bitcoin et a préféré racheter pour 204,9 millions de dollars de ses propres actions. Son trésor de 848 517 BTC n'est qu'à 7 % au-dessus de son prix de revient. Pour la médina, la leçon est simple : regarder qui achète, et avec quel argent.

848 517. C'est le nombre de bitcoins que détient Strategy, la société américaine de Michael Saylor, au 25 octobre 2026. Et c'est exactement le même nombre que la semaine précédente.
Dans un document déposé le 26 octobre auprès de la SEC, le gendarme boursier américain, l'entreprise indique qu'entre le 19 et le 25 octobre, elle n'a ni acheté ni vendu un seul bitcoin. Elle n'a pas non plus émis de nouvelles actions sur le marché.
À la place, Strategy a dépensé 204,9 millions de dollars pour racheter 2 068 459 de ses propres actions préférentielles STRC. Le plus gros acheteur de bitcoins de la planète a, cette semaine, préféré acheter son propre papier.
Le plus gros coffre du monde
Pour mesurer l'enjeu, il faut regarder le coffre. Selon la SEC, ces 848 517 bitcoins ont été acquis pour 64,02 milliards de dollars au total, soit un prix moyen d'environ 75 446 dollars par bitcoin, frais compris.
Mercredi matin, le bitcoin s'échangeait autour de 80 780 dollars sur Coinbase. À ce prix, le trésor de Strategy vaut environ 68,5 milliards de dollars. Une plus-value latente de quelque 4,5 milliards, soit à peine 7 % au-dessus du prix de revient.
Sept pour cent, ce n'est pas un matelas. C'est une couverture fine. Un repli du bitcoin sous les 75 000 dollars suffirait à faire passer l'ensemble du stock sous l'eau, sur le papier.
Pourquoi racheter des actions plutôt que des bitcoins ?
Le mécanisme mérite qu'on s'y arrête. Strategy finance ses achats de bitcoins en émettant des titres : des actions ordinaires, mais aussi des actions préférentielles qui versent des dividendes, comme les STRC, à taux variable.
Quand ces titres se négocient sous leur valeur nominale, l'émission devient chère. Racheter devient au contraire intéressant. D'après le dépôt à la SEC, Strategy a payé ses STRC environ 99 dollars pièce en moyenne. Elle réduit ainsi sa dette de dividendes à bon compte et soutient le cours de ses propres titres.
L'entreprise dispose pour cela de deux poches. Une « réserve en dollars » de 4,83 milliards, destinée à payer les dividendes et les intérêts. Et une trésorerie libre, baptisée « USD Cash », passée à 242,4 millions de dollars après le rachat. Il reste 956,8 millions de dollars disponibles dans son programme de rachat d'actions préférentielles, et un milliard pour ses actions ordinaires.
Traduction : la machine à acheter du bitcoin n'est pas cassée. Mais elle a changé de régime. Quand le carburant coûte cher, on roule moins vite.
Le réseau, lui, accélère
Pendant que le grand acheteur fait une pause, les mineurs, eux, n'en font aucune. Selon les données publiques de mempool.space, les blocs sortent en moyenne toutes les 9 minutes et 24 secondes depuis le dernier ajustement, plus vite que la cible de 10 minutes.
Conséquence mécanique : la difficulté de minage devrait grimper d'environ 6,4 % lors du prochain ajustement, attendu dans la journée du 29 octobre, au bloc 973 728. Le précédent avait déjà ajouté près de 6 %.
Plus de machines, plus de calcul, plus de concurrence pour chaque bitcoin émis. Le réseau tourne à plein régime, indépendamment de l'humeur de Wall Street.
C'est une leçon en soi. Bitcoin n'a pas de PDG qui suspend les achats. Il a un protocole qui ajuste ses règles tous les 2 016 blocs, sans conférence de presse.
Une semaine sous haute tension
Le calendrier explique aussi la prudence. Ce mercredi 28 octobre, la Réserve fédérale américaine rend sa décision sur les taux, dans un marché où les rendements obligataires américains restent élevés. Et Strategy s'apprête à publier ses résultats du troisième trimestre, l'heure où chaque dollar de trésorerie est scruté.
Dans ce contexte, garder ses dollars et racheter son propre papier ressemble moins à un renoncement qu'à une gestion de trésorerie de fin de trimestre. Mais les marchés lisent tout. Quand le plus gros acheteur s'arrête, chacun se demande qui prendra le relais.
Et la médina dans tout ça ?
En Tunisie, la question n'est pas de savoir s'il faut imiter Strategy. Ce serait impossible. La réglementation des changes encadre strictement la détention d'avoirs à l'étranger, et les cryptoactifs ne sont pas reconnus comme moyen de paiement. Aucune entreprise tunisienne ne peut, légalement, mettre du bitcoin dans son bilan.
Mais l'histoire de Strategy parle à tout trésorier tunisien. Elle raconte une vérité simple : on ne peut pas emprunter indéfiniment pour acheter un actif volatil. Tant que le prix monte, l'effet de levier fait des miracles. Quand il stagne, il faut payer les dividendes, servir les intérêts, et soudain le coût du financement compte plus que le rêve.
C'est la même logique que celle qui guette un commerçant du souk qui achète à crédit en pariant sur la hausse du prix de l'or. Tout va bien jusqu'au jour où le taux de son crédit dépasse le gain sur le métal.
Ce n'est pas une capitulation, mais un signal
Il faut se garder de surinterpréter. Une semaine sans achat ne fait pas une stratégie de vente. Strategy n'a vendu aucun bitcoin. Elle a même rappelé, dans le même document, qu'elle reste une « Bitcoin Treasury Company », dont la trésorerie libre peut servir à acheter du bitcoin.
Et ce n'est pas la première pause : l'entreprise a déjà alterné des semaines d'achat massif et des semaines blanches, au gré du prix de ses titres.
Mais le signal est réel. Le modèle des sociétés qui accumulent du bitcoin à crédit dépend du regard des marchés sur leurs titres. Quand ce regard se refroidit, la pompe ralentit. Et un marché qui comptait sur un acheteur automatique découvre qu'il n'y a rien d'automatique.
Pour l'épargnant, même tunisien, qui suit le bitcoin depuis son téléphone, la leçon est la même : regarder qui achète, et avec quel argent.
La chute
848 517 bitcoins, c'est une montagne. Mais une montagne achetée à crédit se regarde aussi par en dessous.
Dans la médina, on dit que le sage ne compte pas seulement ses sacs de blé, mais aussi ce qu'il doit au meunier.
À lire aussi
0,55 % de frais, 18 bougies : Bitcoin doit trouver qui paiera ses gardiens après la subvention
Dix-huit ans après le livre blanc de Satoshi, les frais ne pèsent que 0,55 % des revenus des mineurs sur une semaine. Le reste vient de la récompense de bloc, qui sera encore divisée par deux vers 2028. Un rapport de Cambridge pose la question du budget sécurité. Ce que ce débat dit aux développeurs, épargnants et startups tunisiens.
18 270 bitcoins que personne ne peut geler : la leçon à double tranchant du casse de Binance
18 270 bitcoins ont quitté les portefeuilles chauds de Binance le 29 octobre, dans un vol estimé à plus de 6 milliards de dollars. Les stablecoins ont été gelés en quelques minutes, les bitcoins, eux, restent hors d'atteinte. Une leçon d'auto-garde et de prudence pour les détenteurs tunisiens, dans un pays où la crypto n'a toujours pas de cadre légal.
La roche durcit de 5,54 % : le minage de Bitcoin passe 1 000 exahashs, pas un satoshi de plus
Le 29 octobre 2026, la difficulté du minage de Bitcoin a bondi de 5,54 % à 148,36 billions, après +5,92 % le 16 octobre. La puissance de calcul tourne autour d'un zettahash par seconde, tandis que les frais ne pèsent que 0,57 % du revenu des mineurs. Ce que ce thermostat dit du réseau, et pourquoi la Tunisie reste hors du souk.
18 835 portefeuilles au pilon : le vol de la clé d'usine de Keystone fait trembler les coffres froids
Keystone va détruire 18 835 portefeuilles matériels après le vol de la clé qui prouve l'authenticité de ses appareils, a annoncé le fabricant le 26 octobre. Les phrases de récupération ne sont pas touchées, mais le risque de contrefaçons est réel. Pour les détenteurs tunisiens qui achètent hors des canaux officiels, la leçon est claire.
Commentaires (0)
Vous devez être connecté pour commenter
Soyez le premier à commenter cet article !