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    0,55 % de frais, 18 bougies : Bitcoin doit trouver qui paiera ses gardiens après la subvention

    Par Rédaction TunichainBitcoin Orange Medina

    Dix-huit ans après le livre blanc de Satoshi, les frais ne pèsent que 0,55 % des revenus des mineurs sur une semaine. Le reste vient de la récompense de bloc, qui sera encore divisée par deux vers 2028. Un rapport de Cambridge pose la question du budget sécurité. Ce que ce débat dit aux développeurs, épargnants et startups tunisiens.

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    0,55 % de frais, 18 bougies : Bitcoin doit trouver qui paiera ses gardiens après la subvention

    Le 31 octobre 2008, à 14 h 10 (heure de New York), un certain Satoshi Nakamoto postait sur une liste de diffusion de cryptographie un message intitulé « Bitcoin P2P e-cash paper ». Dix-huit ans plus tard, le réseau né de ces neuf pages fait face à une question que le texte avait anticipée sans la trancher : qui paiera sa sécurité ? Sur les 1 008 derniers blocs minés (environ une semaine, des blocs 973 056 à 974 063), les frais de transaction n'ont représenté que 0,55 % des revenus des mineurs, d'après les données de mempool.space.

    Autrement dit, sur 3 167 BTC versés aux mineurs, seuls 17,3 BTC venaient des utilisateurs. Le reste, 3 150 BTC, est de la création monétaire pure : la récompense de bloc de 3,125 BTC, qui diminue de moitié tous les quatre ans environ.

    Un anniversaire, une équation

    Le livre blanc décrivait déjà le mécanisme. Les nouveaux bitcoins servent d'incitation aux mineurs pendant la phase d'émission ; une fois l'offre distribuée, « l'incitation peut basculer entièrement vers les frais de transaction ». Le message de 2008 promettait un système sans « hôtel de la monnaie » ni tiers de confiance, où la double dépense est empêchée par un réseau pair-à-pair et une preuve de travail. Pour que des inconnus acceptent de dépenser de l'électricité au service de ce registre commun, il fallait les rémunérer. Satoshi a choisi deux sources : l'émission de nouvelles pièces, puis les frais.

    Le plafond est connu : 21 millions de bitcoins. Le calendrier aussi : une division par deux tous les 210 000 blocs.

    Le prochain halving est attendu au bloc 1 050 000. Avec une hauteur de chaîne proche de 974 030 blocs ce 1er novembre, il en reste environ 76 000, soit une échéance estimée vers le printemps 2028. La récompense tombera alors à 1,5625 BTC par bloc. Si les frais ne prennent pas le relais, le « budget sécurité » du réseau dépendra de plus en plus du seul prix du bitcoin.

    Ce que dit Cambridge

    Le sujet n'est plus réservé aux forums. Le 20 octobre, le Cambridge Centre for Alternative Finance (CCAF), rattaché à la Cambridge Judge Business School, a publié un rapport intitulé *Funding Bitcoin's Future: Paying for Security as the Block Subsidy Fades*. Ses chiffres recoupent ceux de la chaîne : sur les 90 jours arrêtés au 4 octobre 2026, les frais ont pesé 0,67 % du revenu des mineurs, et ils ont rarement dépassé 5 % depuis 2010.

    Le rapport souligne deux fragilités. D'abord, la volatilité : sur la même période, les revenus quotidiens tirés des frais ont varié 11,7 fois plus que le prix du bitcoin. Les frais n'explosent que lors d'épisodes de congestion, comme le lancement des Runes en avril 2024. Ensuite, la dépendance au prix : pour maintenir la valeur en dollars de la récompense malgré les halvings, il faudrait une hausse annuelle du cours d'environ 19 %.

    Les chercheurs proposent un « indicateur de santé du budget sécurité » à cinq dimensions : part des frais, variance des frais, coût d'une attaque rapporté à la capitalisation, dépenses de sécurité et concentration des pools. Ils notent que les attaques théoriques (minage égoïste, *fee sniping*) n'ont pas été observées sur le réseau principal. Mais, prévient Alexander Neumueller, la stabilité d'aujourd'hui « ne garantit pas la résilience dans les années 2030 ».

    La concentration, l'autre chiffre à surveiller

    La sécurité ne se résume pas à l'argent. Sur la dernière semaine, d'après mempool.space, trois pools (Foundry USA, AntPool et F2Pool) ont trouvé 675 des 1 061 blocs minés, soit près de 64 %. Les six premiers dépassent 82 %. Le rapport de Cambridge relevait un niveau comparable sur un mois : 60,8 % pour les trois premiers, 83 % pour les six premiers.

    Ce n'est pas la même chose qu'un contrôle : un pool regroupe des milliers de mineurs qui peuvent le quitter. Mais c'est le pool qui choisit les transactions à inclure dans le bloc. D'où l'appel des chercheurs à soutenir les protocoles qui rendent ce choix aux mineurs individuels.

    Ce que ça change pour la Tunisie

    Pour un épargnant tunisien, ce débat peut sembler lointain. Il ne l'est pas tout à fait. Le modèle de sécurité de Bitcoin détermine la solidité de l'actif que certains membres de la diaspora détiennent déjà via des plateformes étrangères. Rappelons que la crypto n'est pas reconnue comme moyen de paiement en Tunisie, que la réglementation des changes de la BCT encadre strictement les avoirs en devises et qu'aucune plateforme d'échange n'est agréée localement.

    Pour les développeurs et les étudiants, en revanche, la question est une porte d'entrée. Le livre blanc reste l'un des textes techniques les plus accessibles qui soient : neuf pages, des équations simples, un raisonnement sur les incitations. La question du budget sécurité mêle économie, théorie des jeux et ingénierie réseau, exactement le type de sujet sur lequel une école d'ingénieurs ou un club blockchain de Tunis, Sfax ou Sousse peut produire des analyses originales, données publiques à l'appui.

    Enfin, pour les startups fintech, la leçon dépasse Bitcoin : un réseau ouvert doit financer sa propre protection. Tout projet qui s'appuie sur une infrastructure décentralisée hérite de son modèle économique, avec ses forces et ses angles morts.

    Pas une crise, mais une échéance

    Ce n'est pas une alarme. Le réseau tourne avec une puissance de calcul estimée à environ 1,1 zettahash par seconde, et aucune attaque majeure n'a abouti en dix-huit ans. Les halvings précédents ont tous été absorbés, en partie grâce à la hausse du prix et à l'amélioration du matériel.

    Mais la pente est connue d'avance, gravée dans le code. Chaque halving rapproche le moment où les utilisateurs, et non plus la création monétaire, devront payer les gardiens du registre. Les pistes existent : hausse de l'usage on-chain, couches secondaires comme Lightning qui finissent par régler sur la chaîne, ou demande accrue d'espace de bloc. Aucune n'est garantie, et toute modification des règles d'émission, évoquée parfois, se heurterait à l'un des principes les plus sacrés de la communauté.

    Dix-huit ans après un message posté un vendredi d'octobre, Bitcoin ressemble à une vieille médina : des remparts solides, bâtis par une génération qui ne sera pas là pour les entretenir. La vraie question n'est pas de savoir si les murs tiennent aujourd'hui, mais qui paiera le gardien de la porte quand la caisse de l'émission sera vide. Satoshi a laissé la clé ; il n'a pas laissé la facture.

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