18 270 bitcoins que personne ne peut geler : la leçon à double tranchant du casse de Binance
18 270 bitcoins ont quitté les portefeuilles chauds de Binance le 29 octobre, dans un vol estimé à plus de 6 milliards de dollars. Les stablecoins ont été gelés en quelques minutes, les bitcoins, eux, restent hors d'atteinte. Une leçon d'auto-garde et de prudence pour les détenteurs tunisiens, dans un pays où la crypto n'a toujours pas de cadre légal.

28 %. C'est la hausse du prix du blé attendue en 2026 par la Banque mondiale, dans son rapport « Commodity Markets Outlook » publié le 28 octobre à Washington. La tonne de blé américain de référence (HRW) passerait en moyenne à 311 dollars cette année, puis à 353 dollars en 2027, soit encore 13,5 % de plus.
Le blé n'est pas seul. Selon l'institution, l'ensemble des prix des matières premières devrait grimper de 23 % en 2026, après trois années de baisse pour l'énergie. Le baril de Brent atteindrait 91 dollars en moyenne, contre 69 dollars en 2025.
Pour un pays qui achète à l'étranger une grande partie de son pain, de son huile de table et de son carburant, ces chiffres ne sont pas une statistique lointaine. Ils décrivent la prochaine facture que le dinar devra régler.
Un choc venu de plusieurs fronts
La Banque mondiale parle d'une série de chocs simultanés. « Les marchés des matières premières sont frappés par plusieurs chocs majeurs à la fois », résume Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de l'institution.
Le premier front est énergétique. Le conflit au Moyen-Orient et les restrictions de passage dans le détroit d'Ormuz ont amputé l'offre du Golfe. La production mondiale de pétrole devrait reculer de 5,2 % en 2026, la plus forte chute hors récession de 2020 depuis plus de quarante ans, selon le rapport. Les prix de l'énergie bondiraient de 32 % sur l'année.
Le gaz suit la même pente. Le prix européen de référence atteindrait 19 dollars par million de BTU en 2026, environ 58 % de plus qu'en 2025. Le gaz naturel liquéfié livré au Japon grimperait de 66,7 %.
Le deuxième front est agricole. Les perturbations des expéditions de céréales en mer Noire et le retour d'El Niño menacent les récoltes. Les prix alimentaires progresseraient de 10 % en 2026 puis de 7 % en 2027, soit 18 % cumulés. L'huile de soja, l'une des huiles végétales les plus échangées au monde, flamberait de 39 % cette année.
Pourquoi le dinar est en première ligne
Le blé, le soja, le pétrole et le gaz ont un point commun : ils se négocient en dollars. Quand leur prix monte de 20 % ou 30 % sur les marchés mondiaux, l'importateur tunisien doit trouver d'autant plus de devises pour remplir le même bateau.
C'est le mécanisme de l'inflation importée. Une partie de la hausse des prix mondiaux traverse la Méditerranée et finit, tôt ou tard, dans le panier de la ménagère ou dans les comptes publics. Et chaque dollar supplémentaire dépensé à l'étranger est un dollar de moins dans les réserves de la Banque centrale.
Les derniers chiffres de l'Institut national de la statistique (INS) montrent que cette pression est déjà là. À fin septembre 2026, les importations de produits alimentaires ont progressé de 16,3 % sur un an, et celles de produits énergétiques de 32 %. Les importations totales ont atteint 71 397 millions de dinars, en hausse de 13,1 %.
Le taux de couverture des importations par les exportations est tombé à 70,6 %, contre 73,5 % un an plus tôt, toujours selon l'INS. Autrement dit, pour 100 dinars d'achats à l'étranger, le pays n'en rapporte plus que 70,6 par ses ventes.
L'inflation tunisienne, déjà sous tension
Sur le front des prix, l'INS a mesuré une inflation de 5,6 % en septembre 2026. L'alimentation et les boissons sont les plus touchées, avec une hausse de 8,4 % sur un an, contre 7,5 % en août.
Le détail est parlant : volailles +16,5 %, fruits frais +16,3 %, viande ovine +14,6 %, légumes frais +12,9 %. Une grande partie de ces produits est cultivée localement, mais leur coût dépend aussi des aliments pour bétail, des engrais et du transport, souvent payés en devises.
Or la Banque mondiale prévoit justement une hausse de 14 % des prix des engrais en 2026, et de 20,6 % pour l'urée d'Europe de l'Est. Le maïs, base de l'alimentation des volailles, gagnerait 9,9 %. Ces intrants pèsent directement sur le prix du poulet et des œufs au marché.
Ce n'est pas encore sur l'étiquette, mais c'est dans le budget
Un chiffre de l'INS semble contredire ce tableau : les huiles alimentaires ont baissé de 4,1 % sur un an en septembre, alors que l'huile de soja flambe sur les marchés mondiaux. L'explication tient au système tunisien des prix.
Selon l'INS, les produits alimentaires dont le prix est encadré n'ont augmenté que de 0,2 % sur un an, contre 9,4 % pour les produits alimentaires libres. Sur l'ensemble du panier, les prix encadrés progressent de 1,2 %, les prix libres de 6,8 %.
Pour le pain subventionné, la semoule ou l'huile végétale subventionnée, le choc mondial ne se lit donc pas tout de suite à la caisse. Il se lit ailleurs : dans la facture de la Caisse générale de compensation et dans le besoin de devises de l'État, qui achète l'essentiel des céréales et des carburants importés.
En clair, le consommateur est en partie protégé, mais la pression ne disparaît pas. Elle se déplace du panier vers le budget de l'État, puis vers la balance des paiements. C'est là que le dinar la retrouve.
Les amortisseurs tunisiens
Le tableau n'est pas entièrement sombre. La Tunisie dispose d'un atout que peu d'importateurs nets possèdent : l'huile d'olive. Selon l'INS, ses exportations ont atteint 4 005,7 millions de dinars sur neuf mois, contre 2 915,2 millions un an plus tôt.
Grâce à elle, la balance alimentaire reste excédentaire, à 919,8 millions de dinars à fin septembre, contre 621,3 millions en 2025. Le pays paie plus cher son blé, mais il vend aussi mieux son or vert.
Autre élément : la Banque mondiale prévoit une détente en 2027. Les prix des matières premières reculeraient de 7 %, le Brent retomberait à 79 dollars. Mais ce scénario reste fragile. En cas d'aggravation, le baril pourrait atteindre 105 dollars en 2027 et les prix alimentaires dépasser leur niveau de 2022.
Le rapport souligne aussi un risque monétaire pour les pays émergents : des taux d'intérêt plus élevés dans les économies avancées pourraient provoquer des sorties de capitaux et peser sur leurs monnaies. Pour le dinar, ce canal est atténué par une réglementation des changes stricte et une convertibilité limitée, qui freinent les mouvements de capitaux. Le principal risque passe donc moins par les marchés financiers que par les importations.
Ce que la Tunisie peut surveiller
Trois indicateurs diront dans les prochains mois si le choc se transmet. D'abord l'inflation d'octobre, que l'INS publiera début novembre. Ensuite le commerce extérieur à fin octobre, qui montrera si la facture des importations continue de gonfler. Enfin l'évolution des avoirs en devises, qui mesurent la capacité du pays à payer ses achats.
La Banque mondiale, de son côté, rappelle que la priorité doit être de protéger les plus vulnérables. Pour un pays où le pain et la semoule restent la base de l'alimentation, l'enjeu dépasse largement les marchés : il touche au quotidien de chaque foyer.
Quand le blé prend 28 % à Chicago, c'est le dinar qui transpire au souk : la baguette garde son prix, mais quelqu'un, quelque part, paie la différence en dollars.
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