8,67 millions de DTS au 1er novembre : la Tunisie solde le FMI, mais garde une ardoise sans fin
Le 1er novembre 2026, la Tunisie devait verser 8,67 millions de DTS de commissions au FMI, soit environ 11,8 millions de dollars. Son encours auprès du Fonds est tombé à 303 millions de DTS au 30 septembre, héritage du programme de 2016 qui sera soldé en 2029. Mais une ligne de l'échéancier ne s'arrête jamais : les charges sur les DTS que le pays ne détient plus. Dinar Shaker a secoué la facture.

8 666 419 droits de tirage spéciaux (DTS). C'est la somme que la Tunisie devait verser au Fonds monétaire international (FMI) le 1er novembre 2026, selon l'échéancier publié par le Fonds dans la « position financière » du pays. Au cours du 2 novembre, un DTS valait 1,356 dollar : l'échéance représente donc environ 11,8 millions de dollars, soit près de 35 millions de dinars au cours de 3,01 dinars pour un dollar relevé fin octobre.
Ce n'est pas un remboursement de capital. Ce sont des commissions : 2,78 millions de DTS de « charges de base » sur le vieux crédit encore dû, et 5,88 millions de DTS de « charges nettes sur DTS ». Ce second poste est le plus intrigant. Dinar Shaker a voulu secouer cette ligne de l'échéancier pour voir ce qu'elle cache.
Ce que la Tunisie doit encore au Fonds
Au 30 septembre 2026, l'encours de la Tunisie auprès du FMI s'élevait à 303,06 millions de DTS, selon le Fonds. Cela représente 55,6 % de sa quote-part, et environ 411 millions de dollars au cours du jour, soit quelque 1 240 millions de dinars. Six mois plus tôt, au 31 mars, le compteur affichait 399,87 millions de DTS : près de 97 millions ont été remboursés en un semestre.
Cette dette est un héritage. Elle provient du mécanisme élargi de crédit (MEDC) signé le 20 mai 2016 et arrivé à expiration le 18 mars 2020. Sur 1 952 millions de DTS approuvés, la Tunisie en avait tiré 1 162 millions. Le prêt d'urgence de 545,2 millions de DTS obtenu en avril 2020, au début de la pandémie, n'apparaît plus dans l'encours.
Depuis, aucun nouveau programme. La dernière consultation au titre de l'article IV, l'examen annuel de l'économie par le Fonds, date de février 2021. La Tunisie rembourse donc à l'ancienne, tranche après tranche, sans argent frais du FMI en face.
Le calendrier est désormais lisible comme un menu de restaurant. Il reste 33,7 millions de DTS de capital à payer le 14 décembre 2026. Puis 168,8 millions de DTS en 2027, commissions comprises, soit environ 229 millions de dollars. Ensuite 130,3 millions en 2028 et 39,4 millions en 2029, année de la dernière tranche de capital.
La ligne qui ne s'arrête jamais
C'est là que l'échéancier devient instructif. En 2030, il n'y a plus un seul DTS de capital à rembourser. Pourtant, le Fonds y inscrit encore 24,26 millions de DTS de commissions. D'où viennent-elles ?
Elles viennent du compte DTS. Le FMI a alloué à la Tunisie, au fil de ses allocations générales, un total net de 795,33 millions de DTS. Or, au 30 septembre 2026, le pays n'en détenait plus que 16,61 millions, soit 2,1 % de son allocation. Le reste a quitté le compte DTS du pays.
Le principe est simple. Un pays qui détient moins de DTS que ce qu'il a reçu paie un intérêt sur la différence. Un pays qui en détient plus en touche un. L'écart tunisien atteint environ 778,7 millions de DTS, soit plus d'un milliard de dollars. Les charges nettes trimestrielles, autour de 6 millions de DTS, correspondent à un peu plus de 3 % par an sur cet écart, d'après nos calculs.
En 2027, ces seules charges sur DTS pèsent 24,26 millions de DTS, quasiment l'intégralité de l'ardoise de 2030. Autrement dit, quand le dernier dinar du prêt de 2016 sera rendu, la facture trimestrielle continuera de tomber, comme un abonnement qu'on aurait oublié de résilier.
Ce que ça change pour le dinar
Chaque échéance FMI se paie en devises. Elle sort donc des avoirs nets en devises, qui couvraient 93 jours d'importation au 28 octobre selon la Banque centrale. Avec un dollar à 3,01 dinars, les 168,8 millions de DTS de 2027 représentent de l'ordre de 690 millions de dinars, hors variation de change.
Ce montant n'a rien d'écrasant à l'échelle du service total de la dette extérieure. Mais il a une particularité : il est libellé en DTS, un panier composé du dollar, de l'euro, du yuan, du yen et de la livre sterling. Quand le dollar se raffermit face au dinar, comme sur les douze derniers mois (+2,4 %), chaque tranche coûte un peu plus cher en monnaie locale.
Il y a aussi une sensibilité aux taux. Le taux d'intérêt du DTS suit les taux courts des grandes banques centrales. Si la Réserve fédérale ou la Banque centrale européenne baissent leurs taux, les charges sur DTS de la Tunisie baissent mécaniquement. S'ils remontent, l'abonnement se renchérit. Une partie de la facture tunisienne se décide donc à Washington et à Francfort.
Le bon côté de l'histoire existe aussi. La position financière publiée par le Fonds ne mentionne aucun arriéré. Le pays honore ses échéances une à une, et l'encours fond : il a perdu près d'un quart en six mois.
Ce n'est pas une sortie du FMI, mais un divorce à l'amiable
Il faut se garder de deux lectures trop rapides. La première voudrait que la Tunisie ait « fini » avec le FMI. Ce n'est pas le cas : elle reste membre depuis 1958, avec une quote-part de 545,2 millions de DTS et une position de réserve de 121,78 millions de DTS, une créance qu'elle détient sur le Fonds et qu'elle peut mobiliser.
La seconde voudrait que les DTS dépensés soient une dette cachée qu'il faudrait rembourser demain. Ce n'est pas non plus exact. Une allocation de DTS n'a pas d'échéance de remboursement. Le pays peut garder indéfiniment sa position débitrice, à condition de payer les intérêts. C'est moins un emprunt qu'un découvert permanent, au taux du marché.
Mais ce découvert a un coût récurrent, environ 24 millions de DTS par an aux conditions actuelles, soit une trentaine de millions de dollars. C'est le prix d'un choix : mobiliser l'allocation plutôt que de la garder intacte en réserve. Une option qui a pu soulager la trésorerie au moment voulu, mais qui se paie en petites coupures chaque trimestre.
Le thé, le sucre et la note
Dans la médina, on connaît ce genre d'arrangement. On a pris le thé à crédit chez le cafetier du coin, on a remboursé les verres, mais il reste le sucre, compté à part, réglé chaque saison. Le compte DTS de la Tunisie ressemble à cela.
Le vrai test viendra en 2029. Ce jour-là, le dernier DTS de capital du programme de 2016 sera rendu, si l'échéancier est tenu. Restera alors une question simple pour la Banque centrale et le Trésor : reconstituer une partie des DTS pour couper l'abonnement, ou continuer à payer la note du sucre.
Pour l'instant, le dinar paie ses dettes au Fonds sans faire de bruit. Le capital s'efface, les intérêts restent : au FMI comme au café, ce n'est jamais le verre qui coûte le plus longtemps, c'est le sucre.
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