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    10 480 millions de dinars brûlés en carburant : l'énergie avale la moitié du déficit et pèse sur le dinar

    Par Rédaction TunichainDinar Shaker

    Le déficit énergétique de la Tunisie atteint 10 480 millions de dinars à fin septembre 2026, selon l'INS, soit près de la moitié du déficit commercial. Il s'est creusé de 29 % en un an et explique plus de la moitié de la dégradation. Une facture payée en devises, qui fait de l'énergie l'un des premiers adversaires du dinar.

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    10 480 millions de dinars brûlés en carburant : l'énergie avale la moitié du déficit et pèse sur le dinar

    10 480 millions de dinars. C'est le déficit de la balance commerciale énergétique de la Tunisie sur les neuf premiers mois de 2026, selon les chiffres du commerce extérieur publiés par l'Institut national de la statistique (INS). Un an plus tôt, à fin septembre 2025, il s'élevait à 8 106,4 millions de dinars.

    Le trou s'est donc creusé de 2 373,6 millions de dinars en un an, soit près de 29 %. Ramené au calendrier, cela représente environ 38 millions de dinars par jour qui partent payer du carburant, du gaz et de l'électricité achetés à l'étranger.

    Le chiffre prend un relief particulier au moment où le Parlement examine le projet de budget de l'État pour 2027. Car derrière chaque cargaison de gasoil, il y a une facture en devises. Et derrière chaque facture en devises, il y a le dinar.

    Un déficit coupé en deux

    Selon l'INS, le déficit commercial global atteint 20 997 millions de dinars à fin septembre 2026, contre 16 727 millions un an plus tôt. Les exportations ont progressé de 8,6 %, à 50 400 millions de dinars, mais les importations ont couru plus vite, à +13,1 %, pour atteindre 71 397 millions.

    Le détail est saisissant. L'énergie pèse 10 480 millions de dinars de déficit. Tout le reste, une fois l'énergie retirée, pèse 10 517 millions. Deux moitiés presque parfaites, comme un pain tabouna partagé au millimètre : une part pour le pétrole et le gaz, une part pour tout le reste de l'économie.

    Autrement dit, près de 50 % du déficit commercial tunisien tient à un seul poste. Et ce poste explique à lui seul environ 56 % de la dégradation enregistrée en un an : sur les 4 270 millions de dinars de déficit supplémentaire, 2 373,6 millions viennent de l'énergie.

    Le taux de couverture des importations par les exportations a reculé à 70,6 %, contre 73,5 % un an plus tôt et 77,5 % à fin septembre 2024, toujours selon l'INS.

    Pourquoi le dinar est en première ligne

    Le pétrole brut, les produits raffinés et le gaz ne se règlent pas en dinars. Ils se paient en dollars ou en euros. Chaque million de déficit énergétique doit donc être couvert par des devises que le pays gagne ailleurs, emprunte, ou puise dans ses réserves.

    C'est là que la balance commerciale rejoint la monnaie. Une facture énergétique qui grimpe de près de 30 % en un an, c'est une demande de devises supplémentaire sur le marché des changes, jour après jour. Les importateurs d'énergie, publics pour l'essentiel, doivent acheter du dollar avec du dinar.

    Le mécanisme joue aussi dans l'autre sens. Si le dinar faiblit face au dollar, la même quantité de carburant coûte plus cher en monnaie nationale. La facture gonfle alors sans qu'un seul baril supplémentaire ne soit consommé. L'énergie et le taux de change forment un couple où chacun peut aggraver l'autre.

    Pour la Tunisie, où la réglementation des changes reste stricte et où le dinar n'est pas librement convertible, cette pression ne se lit pas toujours sur un écran de cotation. Elle se lit dans la vitesse à laquelle les devises entrent et sortent.

    Les importations d'énergie à +32 %

    L'INS détaille les moteurs. Les importations de produits énergétiques ont bondi de 32 % sur neuf mois, soit plus du double du rythme des importations totales. Aucun autre grand groupe de produits n'approche ce rythme : +16,3 % pour l'alimentation, +9,6 % pour les matières premières et demi-produits, +9,5 % pour les biens de consommation, +6,3 % pour les biens d'équipement.

    Les exportations énergétiques progressent aussi, de 43,1 %, portées par les produits raffinés : 1 396,2 millions de dinars contre 610,4 millions un an plus tôt. Mais cette hausse part d'une base trop étroite pour compenser une facture d'importation bien plus lourde.

    Face à ce poids, un seul groupe de produits dégage un excédent : l'alimentation, à +919,8 millions de dinars. L'huile d'olive y joue le premier rôle, avec 4 005,7 millions de dinars exportés, contre 2 915,2 millions un an plus tôt. Une belle récolte, mais le déficit énergétique représente encore plus de deux fois et demie la valeur de toute l'huile d'olive vendue à l'étranger.

    Ce n'est pas une crise du dinar, mais un test d'endurance

    Il faut garder la mesure. Un déficit commercial n'est pas, en soi, une crise de change. La Tunisie dispose d'autres entrées de devises, à commencer par les services, le tourisme et les revenus de sa diaspora, qui financent traditionnellement une large part du trou commercial.

    Les chiffres de l'INS sont aussi exprimés en prix courants. Ils mêlent donc l'effet des volumes consommés et celui des prix internationaux de l'énergie, sans permettre de les séparer. Une partie de la hausse tient à la conjoncture mondiale, pas à une dérive de la consommation tunisienne.

    Mais la tendance est nette, et elle s'installe : à fin septembre, le déficit énergétique était de 8 422,1 millions de dinars en 2024, 8 106,4 millions en 2025, puis 10 480 millions en 2026. La marche franchie cette année est la plus haute de la série.

    Ce que cela change pour la Tunisie

    Pour l'État, la facture énergétique touche à la fois les comptes extérieurs et le budget, à travers la compensation des carburants et de l'électricité. Le débat parlementaire sur le budget 2027 se tient donc avec ce boulet au pied.

    Pour les entreprises, une demande soutenue de devises pour l'énergie, c'est moins de marge de manœuvre pour le reste des importations, notamment les intrants industriels. Pour les ménages, c'est un rappel que le prix du dinar se joue aussi à la pompe et sur la facture de la STEG.

    Reste la piste structurelle, souvent citée : réduire la dépendance par la production locale et les énergies renouvelables. Chaque kilowattheure solaire produit en Tunisie est un kilowattheure qui ne se paie pas en dollars. Le dinar a tout à y gagner.

    Un mot pour les amateurs de cryptomonnaies qui y verraient une échappatoire : la crypto n'a pas de cadre légal autorisant son usage en Tunisie, et les opérations en devises restent encadrées par la réglementation des changes de la Banque centrale. Le problème du dinar ne se règle pas sur une application.

    La chute

    Au fond, le dinar ne se défend pas seulement dans les salles de marché de la Banque centrale. Il se défend dans les réservoirs, les chaudières et les centrales électriques du pays.

    Tant que la moitié du déficit commercial s'évapore en carburant, le dinar roulera avec le frein à main tiré. La vraie réserve de change de demain pourrait bien être le soleil du Sud.

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