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    7,4 milliards de dinars venus d'ailleurs : la diaspora rapporte plus de devises que le tourisme

    Par Rédaction TunichainDinar Shaker

    Selon la BCT, les revenus du travail transférés vers la Tunisie atteignaient 7 417,4 millions de dinars au 20 octobre 2026, en hausse de 4,4 %, contre 6 890,4 millions pour les recettes touristiques. La diaspora est devenue un pilier discret du dinar et des réserves en devises.

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    7,4 milliards de dinars venus d'ailleurs : la diaspora rapporte plus de devises que le tourisme

    7 417,4 millions de dinars. C'est le montant cumulé des revenus du travail transférés en espèces vers la Tunisie depuis le début de l'année, arrêté au 20 octobre 2026, selon les indicateurs monétaires et financiers publiés par la Banque centrale de Tunisie (BCT). Un an plus tôt, à la même date, il s'élevait à 7 101,4 millions.

    La hausse atteint 316 millions de dinars, soit 4,4 % en un an.

    Sur la même ligne du tableau, juste au-dessus, figurent les recettes touristiques cumulées : 6 890,4 millions de dinars au 20 octobre, contre 6 647,1 millions un an plus tôt. Une progression de 3,7 %.

    Le constat est net : en 2026, les Tunisiens de l'étranger ont fait entrer 527 millions de dinars de plus que tous les touristes réunis. La valise du cousin de Marseille pèse plus lourd que la saison balnéaire.

    Ce que mesure exactement ce chiffre

    La BCT parle de « revenus du travail cumulés (en espèces) ». Il s'agit de l'argent que des Tunisiens installés et employés à l'étranger renvoient au pays : virements aux parents, épargne déposée sur un compte en devises, mandats, et devises rapportées lors des séjours.

    C'est une manne particulière. Elle ne dépend ni d'une saison, ni d'un carnet de commandes, ni d'un prix mondial. Elle dépend de liens familiaux, d'un sentiment d'appartenance, et du niveau de vie de centaines de milliers de travailleurs en France, en Italie, en Allemagne, dans le Golfe ou au Canada.

    Pour le dinar, c'est une source de devises remarquablement stable. Même quand le tourisme vacille, la diaspora continue d'envoyer.

    Le pilier oublié des réserves

    Pour mesurer son poids, il suffit de regarder une autre ligne du même tableau. Au 28 octobre, les avoirs nets en devises de la BCT s'établissaient à 24 248,8 millions de dinars, soit 93 jours d'importation, selon les données provisoires de la Banque centrale.

    Autrement dit, les transferts de la diaspora depuis janvier représentent l'équivalent de près de 31 % du stock de réserves du pays. Additionnés aux recettes touristiques, ils dépassent 14 300 millions de dinars en moins de dix mois.

    Ces deux flux font une grande partie du travail de stabilisation du dinar. Ce sont eux qui permettent à la Banque centrale de tenir le cours sans brûler ses réserves à chaque facture d'énergie ou de céréales.

    Un an plus tôt, les réserves couvraient 106 jours d'importation. Elles en couvrent 93 aujourd'hui. Sans la progression régulière des transferts, la baisse aurait sans doute été plus marquée.

    Le taux de change, l'autre aimant

    Les transferts dépendent aussi du cours. Au 27 octobre, selon la BCT, le dollar s'échangeait en moyenne à 3,008 dinars sur le marché interbancaire, en hausse de 2,4 % sur un an, tandis que l'euro reculait de 1,7 %, à 3,353 dinars.

    Pour un travailleur en France ou en Italie, payé en euros, l'évolution n'est pas favorable : chaque euro envoyé achète un peu moins de dinars qu'il y a un an. La progression des transferts en dinars n'en est que plus significative : elle traduit davantage d'argent réellement envoyé, et pas seulement un effet de change.

    C'est là que se joue une partie de la bataille : l'écart entre le cours officiel et les circuits parallèles. Quand l'écart se creuse, une partie de l'argent de la diaspora contourne les banques. Elle arrive en billets, changée chez un particulier, et n'apparaît jamais dans les statistiques officielles.

    Ce que la diaspora pourrait faire de plus

    Aujourd'hui, l'essentiel de ces transferts sert à la consommation des familles : loyers, scolarité, soins, fêtes, construction de maisons. C'est une solidarité précieuse, mais elle finance peu l'investissement productif.

    Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées : des produits d'épargne en devises mieux rémunérés pour les Tunisiens résidant à l'étranger, des obligations dédiées à la diaspora, des frais de transfert réduits, des applications de paiement plus simples. Chaque dinar économisé sur une commission est un dinar de plus qui arrive.

    Le coût des transferts reste un sujet sensible. Entre les frais bancaires, les commissions des sociétés de transfert et l'écart de change, une part non négligeable de l'argent envoyé reste en chemin. C'est aussi pour cela que certains se tournent vers les circuits informels.

    Une géographie de la solidarité

    Ces transferts ne profitent pas à tout le territoire de la même manière. Ils irriguent en priorité les régions de départ historiques : le Sud-Est, le Sahel, certaines zones du Nord-Ouest. Dans de nombreuses familles, l'argent envoyé chaque mois fait la différence entre boucler la fin du mois ou s'endetter.

    Il finance aussi une économie bien visible : les maisons qui poussent en bordure des villes, les commerces ouverts par un frère ou une sœur, les mariages de l'été. Une part de ce qui se construit dans les villes moyennes tunisiennes porte la signature discrète d'un salaire gagné à Lyon, Milan ou Montréal.

    Pour l'économie nationale, c'est un amortisseur social autant qu'une source de devises. Quand l'emploi local manque, la diaspora prend le relais.

    La nuance

    Ce n'est pas un signe de bonne santé économique en soi. Un pays qui dépend fortement de l'argent de ses expatriés est aussi un pays qui voit partir une partie de ses talents, de ses ingénieurs, de ses médecins. Les transferts compensent, en devises, ce que la Tunisie perd en compétences.

    Et cette manne a ses fragilités : un ralentissement économique en Europe, un durcissement des politiques migratoires ou une hausse du chômage dans les pays d'accueil pourraient la freiner.

    Mais les chiffres de la BCT racontent une fidélité. Année après année, la diaspora envoie davantage, quels que soient les taux de change et les crises. Elle est devenue l'un des premiers investisseurs étrangers du pays, sans jamais en porter le titre.

    Le dinar a ses touristes de passage. Il a surtout ses enfants qui ne l'oublient pas.

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