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    12,8 milliards de dinars de visiteurs : ce que le tourisme pèse vraiment pour le dinar

    Par Rédaction TunichainDinar Shaker

    Les visiteurs non-résidents ont dépensé 12,8 milliards de dinars en Tunisie en 2025, selon le compte satellite du tourisme publié par l'INS. Le tourisme ne pèse pourtant que 5,2 % du PIB, contre 7,5 % au Maroc. Face à un déficit commercial de 21,8 milliards en 2025, il couvre près de six dinars sur dix. Un tuyau à devises solide, mais percé.

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    12,8 milliards de dinars de visiteurs : ce que le tourisme pèse vraiment pour le dinar

    12,8 milliards de dinars. C'est, selon l'Institut national de la statistique (INS), ce que les visiteurs non-résidents ont dépensé en Tunisie en 2025. Hôtels, restaurants, taxis, louages, souvenirs du souk, verres de thé à la menthe sur une terrasse de Sidi Bou Saïd : tout est compté.

    Le chiffre sort du Compte satellite du tourisme 2023-2025, publié par l'INS le 20 octobre. Un document austère, plein de sigles. Mais c'est le seul qui répond proprement à une question que tout le monde croit connaître : combien pèse vraiment le tourisme dans l'économie tunisienne ?

    Réponse officielle : 5,2 % du PIB.

    Pas 10 %. Pas 14 %. Cinq virgule deux.

    Ce que mesure vraiment l'INS

    Le compte satellite est un outil normalisé à l'échelle internationale. Il ne se contente pas de compter les nuitées ou les arrivées aux frontières. Il reconstitue la dépense touristique produit par produit, puis isole la part de la production nationale qui lui est directement liée.

    En 2025, les dépenses de tourisme intérieur atteignent 17 471,7 millions de dinars, selon l'INS. Elles progressent de 8,2 % après une hausse de 10,3 % en 2024. Sur ce total, 12 770,7 millions viennent des non-résidents, soit 73,1 %. Le reste, 4 701,1 millions, est dépensé par les résidents qui voyagent dans leur propre pays.

    Le poste roi reste l'hébergement : 6 577 millions de dinars. Suivent le transport de passagers (2 918,8 millions) et la restauration (2 666 millions).

    Côté création de richesse, la valeur ajoutée brute directe du tourisme s'établit à 8 662,5 millions de dinars, soit 5,4 % de la valeur ajoutée totale. Une fois les impôts nets sur les produits ajoutés, le PIB direct du tourisme atteint 8 935,3 millions de dinars : 5,2 % du PIB national, comme en 2024, contre 5 % en 2023.

    Le mot important est « direct ». L'INS mesure ce que produisent les activités qui servent le visiteur. Il ne compte pas l'agriculteur qui vend ses tomates à l'hôtel, ni le fabricant de linge de lit. Le poids total, effets indirects compris, est forcément plus large. Mais il n'est pas dans ce document, et aucun chiffre officiel ne le chiffre ici.

    Le dinar, premier client du touriste

    Pour une rubrique qui secoue le dinar, le chiffre qui compte est celui des non-résidents. Parce que chaque dinar dépensé par un visiteur venu de l'étranger a d'abord été acheté avec des euros, des livres ou des dollars.

    En Tunisie, le dinar n'est pas librement convertible. Le visiteur change ses devises auprès d'une banque ou d'un bureau de change agréé, au cours officiel. La devise reste dans le système bancaire. C'est précisément ce qui fait du tourisme l'un des grands robinets à devises du pays, avec les exportations et les transferts de la diaspora.

    Comparons avec l'autre grand chiffre de l'INS. En 2025, la balance commerciale a affiché un déficit de 21 800,3 millions de dinars : 63 695,1 millions d'exportations pour 85 495,4 millions d'importations.

    Mis côte à côte, les 12,8 milliards dépensés par les non-résidents représentent près de six dinars sur dix du trou commercial de 2025.

    Le tourisme ne bouche pas le trou. Mais il l'empêche de devenir un gouffre.

    Et la pression ne faiblit pas. Sur les neuf premiers mois de 2026, l'INS chiffre le déficit commercial à 20 997 millions de dinars, contre 16 727 millions un an plus tôt. Les importations bondissent de 13,1 %, les exportations de 8,6 %. Le taux de couverture glisse de 73,5 % à 70,6 %. Le déficit énergétique, à lui seul, pèse 10 480 millions de dinars.

    Autrement dit : à fin septembre 2026, le déficit commercial a presque déjà rattrapé celui de toute l'année 2025.

    Le voisin marocain, même jour, autre échelle

    Hasard du calendrier, le Haut-Commissariat au Plan marocain a publié son propre compte satellite du tourisme 2025 le même 20 octobre. Le PIB touristique y atteint 129,7 milliards de dirhams, en hausse de 11,7 %. Il représente 7,5 % du PIB marocain, contre 7,2 % un an plus tôt.

    La consommation des visiteurs venus de l'étranger y pèse 69,2 % de la consommation touristique intérieure. En Tunisie, on est à 73,1 %.

    Deux lectures possibles. La première : le tourisme tunisien est plus dépendant de l'étranger que celui du voisin, donc plus exposé aux chocs extérieurs, d'une crise sanitaire à un conflit régional. La seconde : il est plus « exportateur », et donc plus utile pour la balance en devises.

    Les deux sont vraies. C'est toute l'ambiguïté du modèle.

    Ce n'est pas une rente, mais un tuyau qui fuit

    Il faut toutefois manier ces chiffres avec prudence.

    D'abord, une dépense de non-résident n'est pas une recette nette en devises. Une partie du transport de passagers est assurée par des compagnies étrangères. Une partie des produits consommés est importée. Une partie des séjours est payée hors de Tunisie, via des voyagistes étrangers qui ne rapatrient pas tout. Le compte satellite mesure la consommation touristique, pas le solde exact du compte courant. Les deux chiffres ne se confondent pas.

    Ensuite, « non-résident » est une catégorie statistique fondée sur le lieu de résidence, pas sur la nationalité. Le visiteur étranger et une partie de la diaspora en visite peuvent se retrouver dans la même case. La frontière entre recettes touristiques et revenus de la diaspora est donc plus poreuse qu'il n'y paraît.

    Enfin, l'INS précise avoir actualisé ses comptes 2023 et 2024 à partir de la campagne des comptes nationaux de 2026. Les chiffres anciens publiés auparavant ne sont donc plus directement comparables.

    Le tourisme n'est pas une manne magique. C'est un tuyau à devises, solide mais percé, qui fait passer beaucoup d'argent et en laisse filer une partie en route.

    Ce qui peut changer la donne

    Le document de l'INS contient un détail parlant. Le tourisme absorbe 95 % de la production du secteur de l'hébergement, mais seulement 21,2 % de celle de la restauration et des débits de boissons.

    Traduction : l'hôtel vit presque exclusivement du visiteur, le restaurant beaucoup moins. Le séjour tout compris, enfermé derrière les murs du club, capte la dépense sans toujours la diffuser dans la ville, dans la médina, chez l'artisan.

    C'est là que se joue la suite. Allonger la saison, faire sortir le visiteur de l'hôtel, faire monter la dépense par tête plutôt que le seul nombre d'arrivées. Chaque dinar dépensé dans un café de quartier ou une maison d'hôtes de Tozeur reste plus longtemps dans l'économie locale qu'un forfait payé à l'avance à l'étranger.

    Le numérique peut y aider : paiement électronique, réservation directe, visibilité des petites structures. À condition de rester dans le cadre légal tunisien, qui encadre strictement les paiements et les changes, et où les cryptomonnaies ne sont pas autorisées comme moyen de paiement.

    Le tourisme ne sauvera pas seul le dinar. Mais un tourisme qui dépense davantage dans la médina que dans le buffet de l'hôtel le rendra plus robuste.

    Le jasmin attire le visiteur. C'est le reste du souk qui fait tenir le dinar.

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