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    Mercredi, la Fed tranche : pour le dinar, le vrai taux directeur se décide aussi à Washington

    Par Rédaction TunichainDinar Shaker

    La Réserve fédérale américaine annonce mercredi 28 octobre sa décision sur les taux, après les avoir relevés à 3,75 %-4 % en septembre. Pour la Tunisie, dont la banque centrale maintient son taux à 7 % face à l'inflation, ce qui se joue à Washington pèse sur le dollar, la facture énergétique et la dette. Le dinar ne vote pas, mais il paie l'addition.

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    Mercredi, la Fed tranche : pour le dinar, le vrai taux directeur se décide aussi à Washington

    3,75 % à 4 %. C'est la fourchette dans laquelle la Réserve fédérale américaine a placé son taux directeur le 16 septembre, en le relevant d'un quart de point. Mercredi 28 octobre, à 14 heures à Washington, soit 19 heures à Tunis, elle dira si elle s'arrête là, ou si elle continue.

    Pour un pays qui n'utilise pas le dollar au quotidien, l'événement peut sembler lointain. Il ne l'est pas. Pour le dinar, la décision de la Fed compte presque autant que celle de la Banque centrale de Tunisie.

    Ce que la Fed a fait, et pourquoi

    En septembre, le comité de politique monétaire de la Fed a voté à l'unanimité, 12 voix contre zéro, une hausse de ses taux. Le communiqué officiel justifiait ce choix par une inflation qui « reste élevée » et par la volonté de revenir plus vite à l'objectif de 2 %.

    Remonter les taux, dans un pays où l'on parlait il y a peu de les baisser, est un signal fort. Cela rend le dollar plus rémunérateur, donc plus recherché.

    Les marchés obligataires américains l'ont bien compris. Selon les données du Trésor américain, le rendement des obligations d'État à dix ans a atteint 5,31 % le 5 octobre, avant de redescendre à 5,00 % le 23 octobre. Des niveaux que l'on n'avait plus l'habitude de voir depuis longtemps.

    Mercredi, deux scénarios dominent : une pause, pour mesurer l'effet de la hausse de septembre, ou un nouveau tour de vis si l'inflation ne cède pas. Dans les deux cas, le message qui accompagnera la décision comptera autant que le chiffre lui-même.

    Pourquoi Tunis regarde Washington

    La Tunisie vend surtout en euros, puisque l'Europe reste son premier client. Mais elle achète beaucoup en dollars : le pétrole, le gaz, les céréales. Et une partie importante de sa dette extérieure est libellée dans la devise américaine.

    Quand la Fed durcit le ton, le dollar se renforce face aux autres monnaies. Le dinar, piloté par la Banque centrale en référence à un panier de devises, en subit une partie.

    Le résultat est mécanique : chaque baril, chaque tonne de blé, chaque échéance de dette en dollars coûte plus de dinars.

    Selon la Banque centrale de Tunisie, la valeur des importations d'énergie atteignait 11,3 milliards de dinars à fin août 2026, contre 8,8 milliards un an plus tôt. Dans le même temps, le déficit courant s'est creusé à 4,694 milliards de dinars, soit 2,5 % du PIB, contre 2,724 milliards un an auparavant.

    Un dollar fort ajoute une couche supplémentaire à cette facture.

    La BCT, entre deux feux

    Face à cela, la Banque centrale de Tunisie a fait le choix de la prudence. Le 7 octobre, son conseil d'administration a maintenu le taux directeur à 7 %.

    La BCT a justifié sa décision par des pressions inflationnistes persistantes. Selon ses chiffres, l'inflation est remontée à 5,6 % en septembre, contre 5,4 % en août, avec des prix des produits frais en hausse de 13 % sur un an. L'inflation sous-jacente, elle, reste à 5,1 % pour le troisième mois consécutif.

    Le conseil a souligné que les prix de l'énergie sont nettement au-dessus des niveaux retenus dans ses prévisions de juin, et que les risques pesant sur l'inflation sont orientés à la hausse.

    Autrement dit, la BCT ne peut pas baisser ses taux pour soutenir une croissance qui ralentit, puisque le PIB n'a progressé que de 2,3 % sur un an au deuxième trimestre, selon ses propres données. Et si la Fed continue de monter, l'écart de rendement entre le dinar et le dollar se réduit, ce qui fragilise encore la monnaie nationale.

    Ce n'est pas un pilotage automatique, mais…

    Il faut nuancer ce tableau.

    Le dinar n'est pas une monnaie librement échangée sur les marchés internationaux. La réglementation des changes limite les mouvements de capitaux, ce qui protège la Tunisie des sorties brutales que connaissent d'autres pays émergents quand la Fed resserre sa politique.

    Par ailleurs, ce qui compte pour le dinar n'est pas seulement le dollar, mais le couple euro-dollar. Si la Banque centrale européenne durcit elle aussi le ton, l'euro résiste, et l'effet sur le panier du dinar s'atténue.

    Enfin, une partie de la dette extérieure tunisienne est contractée à taux fixes et concessionnels, auprès d'institutions multilatérales ou de partenaires bilatéraux. Une hausse des taux américains ne la renchérit pas immédiatement.

    Mais la tendance est claire : un dollar cher et des taux américains élevés sont un vent contraire pour une économie qui importe son énergie et finance une partie de son budget à l'extérieur.

    Ce que cela change pour les Tunisiens

    Pour les ménages, l'effet passe d'abord par les prix. Carburant, produits importés, médicaments, équipements électroniques : tout ce qui est payé en dollars risque de coûter plus cher, et une partie de cette hausse finit dans l'inflation.

    Pour les entreprises importatrices, c'est une pression sur les marges et la trésorerie. Pour les exportateurs payés en euros, l'effet dépendra de la tenue de la monnaie européenne.

    Pour l'État, c'est un service de la dette extérieure plus lourd en dinars, au moment même où le projet de budget 2027 cherche à réduire le recours à l'emprunt extérieur.

    Et pour l'épargnant, c'est un rappel : les taux de rendement en dinars, autour de 7 % pour le taux directeur, ne valent que ce que vaut le dinar.

    Le dinar ne vote pas

    Mercredi soir, aucun représentant tunisien ne siégera à la table de la Fed. Les douze membres du comité voteront en fonction de l'inflation et de l'emploi aux États-Unis, sans se soucier du prix du blé à Tunis.

    C'est toute la difficulté d'une petite économie ouverte : une partie de sa politique monétaire se décide ailleurs.

    La seule vraie protection, sur le long terme, reste la même : produire plus d'énergie localement, exporter davantage, attirer des investissements et dépendre moins du dollar.

    En attendant, mercredi soir, au café comme à la Banque centrale, on aura les yeux tournés vers Washington. Le dinar ne vote pas à la Fed. Mais c'est souvent lui qui règle l'addition.

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