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    La Tunisie laisse filer un trésor énergétique que Bitcoin aurait pu transformer en richesse

    La Tunisie gaspille chaque année une électricité excédentaire qui pourrait être convertie en dizaines de millions de dinars grâce au minage de Bitcoin. L’interdiction actuelle empêche les acteurs privés de valoriser une énergie qui, de toute façon, n’est ni vendue ni consommée.

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    La Tunisie laisse filer un trésor énergétique que Bitcoin aurait pu transformer en richesse

    Le débat sur le minage de Bitcoin en Tunisie est souvent pollué par des affirmations exagérées ou des incompréhensions techniques. Pourtant, derrière les fantasmes qui évoquent des milliers de bitcoins minés chaque année, se cache une réalité beaucoup plus simple et beaucoup plus tangible. La Tunisie produit chaque année une quantité non négligeable d’électricité excédentaire, issue des pics de production solaire, éolienne ou des contraintes du réseau. Cette énergie, estimée à environ 1,45 TWh par an, n’est ni vendue ni utilisée. Elle est perdue. Et la question centrale est désormais de savoir pourquoi ce gaspillage énergétique n’est pas transformé en richesse numérique à travers le minage de Bitcoin.

    Avec ce volume excédentaire, la Tunisie pourrait alimenter une ferme de minage industrielle équipée de machines ASIC modernes. Installer une telle structure représenterait un investissement initial d’environ 600 000 dollars, soit autour de 1,6 million de dinars. Chaque machine, qui coûte près de 10 000 dollars, soit environ 29 600 dinars, convertirait cette électricité en puissance de calcul destinée au réseau Bitcoin. Les performances actuelles des équipements montrent qu’en utilisant 1,45 TWh d’énergie, il serait possible de produire environ 100 bitcoins par an.

    Le cours du Bitcoin avoisinant les 90 000 dollars, l’équivalent d’environ 266 400 dinars, cette production représenterait près de 26,6 millions de dinars de revenus bruts annuels. Même en tenant compte des coûts opérationnels, qui se situeraient autour de 8,9 millions de dinars selon les conditions énergétiques et la maintenance, la rentabilité resterait positive avec une marge pouvant atteindre près de 17 millions de dinars par an. Rien de démesuré, rien de spéculatif. Seulement un modèle économique concret basé sur la valorisation d’une énergie perdue.

    Ce qui rend la situation paradoxale, c’est l’interdiction du minage en Tunisie. Car cette activité serait essentiellement portée par des entreprises privées qui investiraient leur capital dans le matériel, les installations et la main-d’œuvre. L’État n’aurait rien à financer mais aurait tout à y gagner. En assimilant ces entreprises à des sociétés minières exportatrices, chaque bitcoin vendu apporterait des devises au pays. L’État percevrait l’impôt sur les sociétés, les taxes à l’exportation, les cotisations sociales et les recettes fiscales sur les salaires. La STEG, elle, vendrait une électricité qui aujourd’hui ne lui rapporte rien, ce qui améliorerait sa situation financière et permettrait d’amortir plus efficacement les investissements déjà réalisés dans les renouvelables.

    Ce choix réglementaire prive donc la Tunisie d’un triple bénéfice. D’abord la conversion d’une énergie excédentaire en une valeur monétaire solide, qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions de dinars par an. Ensuite la création d’un nouveau secteur technologique, capable d’attirer des ingénieurs, des techniciens, des investisseurs et des infrastructures numériques. Enfin une meilleure intégration des énergies renouvelables dans le réseau, puisque les fermes de minage agiraient comme des acheteurs de dernier recours pour absorber les surplus.

    Bitcoin, contrairement aux clichés, ne demande pas de capter l’électricité utilisée par les ménages. Il se nourrit de ce que le réseau ne peut pas consommer. Dans un pays comme la Tunisie, qui peine à valoriser pleinement ses investissements énergétiques, ce mécanisme représente une opportunité rare et mesurable. Tant que l’interdiction perdurera, le pays continuera de laisser s’évaporer une électricité qui aurait pu se transformer en richesse numérique, en emplois qualifiés et en devises. Le débat ne porte plus seulement sur Bitcoin, mais sur la capacité du pays à reconnaître et saisir une innovation qui, ailleurs dans le monde, catalyse déjà des transformations énergétiques et économiques majeures.

    Si un jour la Tunisie accepte de regarder ce secteur autrement, elle découvrira peut-être que le véritable coût du minage n’est pas l’énergie qu’il consomme, mais l’énergie qu’elle laisse perdre en refusant de l’adopter.

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