Et si Bitcoin pouvait contribuer à mettre fin aux coupures d'électricité en Tunisie ?
Alors que la Tunisie connaît des coupures d'électricité de plus en plus fréquentes liées au délestage, une solution surprenante fait ses preuves ailleurs dans le monde : le minage de Bitcoin. Loin d'être un simple consommateur d'énergie, il peut devenir un outil de stabilisation du réseau, d'accélération des investissements dans les énergies renouvelables et d'amélioration des revenus des producteurs d'électricité. L'exemple du Texas montre que Bitcoin peut transformer un problème énergétique en opportunité économique.

Depuis plusieurs semaines, de nombreux Tunisiens subissent des coupures d'électricité répétées. Ces délestages, mis en place pour éviter un effondrement du réseau lors des pics de consommation, illustrent les difficultés auxquelles fait face le système électrique national. La demande augmente, les investissements peinent à suivre et l'intégration des énergies renouvelables reste limitée par les contraintes du réseau.
Pour beaucoup, Bitcoin apparaît comme un facteur aggravant de la consommation électrique. Pourtant, dans plusieurs pays, il est désormais considéré comme un outil permettant justement de renforcer les réseaux électriques.
Le meilleur exemple est celui du Texas. Depuis quelques années, l'État américain est devenu l'un des principaux centres mondiaux du minage de Bitcoin. Contrairement aux idées reçues, cette industrie n'a pas fragilisé le réseau électrique texan. Elle a contribué à le rendre plus flexible.
Le principe est simple. Les fermes de minage consomment de l'électricité uniquement lorsqu'elle est disponible et bon marché. En revanche, lorsque le réseau est sous tension, elles interrompent leur activité en quelques secondes afin de restituer immédiatement toute leur consommation au réseau électrique. Cette flexibilité est pratiquement impossible à obtenir avec une usine traditionnelle ou un site industriel classique.
Lors des vagues de chaleur de 2023, 2024 et 2025, plusieurs grandes sociétés de minage texanes ont ainsi réduit, voire arrêté totalement leurs activités pendant les périodes de forte demande. Plusieurs gigawatts de puissance ont ainsi été restitués au réseau en quelques minutes, permettant d'éviter des coupures pour les ménages et les entreprises. En contrepartie, ces sociétés sont rémunérées par l'opérateur du réseau ERCOT pour les services de flexibilité qu'elles rendent.
Cette logique pourrait être particulièrement intéressante pour la Tunisie.
Le pays cherche à augmenter rapidement la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique. Or, le solaire et l'éolien produisent une électricité intermittente. Lorsque la production dépasse momentanément la demande ou que le réseau n'est pas capable d'absorber toute cette énergie, une partie est simplement perdue. Cette énergie est dite "écrêtée". Elle a été produite mais ne sera jamais consommée ni vendue.
Le minage de Bitcoin constitue précisément un consommateur capable d'absorber cette énergie qui serait autrement gaspillée. Les fermes de minage peuvent être installées directement à proximité des centrales photovoltaïques ou des parcs éoliens. Elles fonctionnent lorsque l'électricité est excédentaire et s'arrêtent automatiquement lorsque le réseau en a besoin. Elles deviennent ainsi une charge flexible au service du réseau électrique.
Cette approche présente plusieurs avantages économiques.
Pour les producteurs privés d'électricité, elle garantit un acheteur permanent pour une énergie qui n'aurait parfois trouvé aucun débouché. Chaque kilowattheure produit peut ainsi être valorisé au lieu d'être perdu. Cette amélioration des revenus facilite le financement de nouvelles centrales renouvelables et réduit le risque économique des investissements.
La STEG pourrait également en tirer profit. En commercialisant une électricité qui aurait autrement été perdue ou non vendue, elle améliorerait mécaniquement ses recettes sans augmenter les tarifs appliqués aux consommateurs. À terme, cela pourrait contribuer à financer une partie des investissements nécessaires à la modernisation du réseau national.
L'État tunisien bénéficierait lui aussi de cette nouvelle activité. Des sociétés privées de minage installées en Tunisie paieraient des impôts sur leurs bénéfices, des cotisations sociales sur les emplois créés, des taxes sur les importations de matériel et diverses contributions fiscales locales. Les bitcoins produits constitueraient une exportation de services numériques générant des devises, au même titre que les exportations de logiciels ou de services informatiques.
Au-delà de la fiscalité, cette industrie favoriserait le développement d'un écosystème complet réunissant ingénieurs, électriciens, spécialistes des réseaux, experts en cybersécurité, techniciens de maintenance, développeurs et entreprises spécialisées dans les infrastructures numériques.
Contrairement à une idée encore largement répandue, Bitcoin ne concurrence donc pas nécessairement les consommateurs pour l'accès à l'électricité. Lorsqu'il est intégré intelligemment au réseau, il agit comme un véritable amortisseur. Il absorbe les surplus lorsque la production est abondante, puis disparaît instantanément lorsque l'électricité devient prioritaire pour les foyers ou les entreprises.
Cette vision est aujourd'hui partagée par plusieurs opérateurs de réseaux électriques à travers le monde. Les États-Unis, le Canada, le Bhoutan, Oman ou encore certains producteurs d'énergie en Afrique étudient ou développent déjà des modèles similaires afin de valoriser leurs surplus électriques tout en renforçant la stabilité de leur réseau.
La Tunisie possède des atouts importants. Son potentiel solaire figure parmi les plus élevés du bassin méditerranéen. Les ambitions nationales en matière d'énergies renouvelables sont réelles et les besoins d'investissement considérables. Dans ce contexte, le minage de Bitcoin pourrait devenir non pas un problème, mais un outil supplémentaire au service de la transition énergétique.
À l'heure où les coupures d'électricité alimentent les inquiétudes des citoyens, il est peut-être temps d'élargir le débat. Plutôt que de considérer Bitcoin uniquement comme un actif financier ou une cryptomonnaie, il serait pertinent de l'analyser aussi comme un nouvel outil de gestion des réseaux électriques. L'expérience du Texas démontre qu'une activité souvent critiquée pour sa consommation énergétique peut, lorsqu'elle est correctement encadrée, contribuer à améliorer la résilience du système électrique tout entier.
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