4 millions de rendez-vous et un ticket pour le Golfe : Med.tn mise sur l'IA pour soigner sa croissance
La plateforme tunisienne de santé numérique Med.tn revendique plus de 4 millions de rendez-vous gérés et prépare une version de son logiciel de cabinet dopée à l'IA. Sélectionnée par un programme public au Qatar, elle regarde désormais vers le Golfe. Une trajectoire qui montre ce que peut devenir une start-up tunisienne quand elle grandit hors de ses frontières.

4 millions. C'est le nombre de rendez-vous médicaux que Med.tn affirme avoir gérés depuis son lancement. Pour une start-up née en Tunisie et active depuis 2019, le chiffre dit beaucoup du chemin parcouru.
La plateforme de santé numérique, qui met en relation patients et praticiens, vient de détailler sa stratégie pour les années à venir. Sa cofondatrice et directrice marketing, Emna Jellouli, a exposé ces derniers jours les grandes lignes du plan : miser sur l'intelligence artificielle et accélérer l'expansion, du Maghreb vers les pays du Golfe.
Une chakchouka bien tunisienne, mais servie à l'international.
De la prise de rendez-vous au cabinet connecté
Au départ, Med.tn répondait à un problème que tous les Tunisiens connaissent : trouver un médecin disponible, obtenir un rendez-vous sans passer dix appels, éviter des heures dans une salle d'attente.
La plateforme propose la réservation en ligne, avec confirmation par SMS. Elle a ensuite développé MedLink, un logiciel de gestion destiné aux cabinets, aux cliniques et aux centres regroupant plusieurs médecins.
Selon les chiffres communiqués par l'entreprise, Med.tn touche environ 30 millions de patients en Afrique du Nord, et quelque 2 millions de patients par mois. Elle revendique aussi un catalogue de 4 000 articles et vidéos et 150 000 réponses à des questions médicales, consultés 24 millions de fois.
C'est là un point souvent sous-estimé : dans la santé numérique, le contenu fidélise autant que le service.
Le Maroc et l'Algérie, premiers tests
L'expansion régionale a déjà commencé. Au Maroc, la start-up indique compter 2 000 médecins référencés, dont 700 abonnés payants. En Algérie, elle affichait 150 médecins abonnés payants en août 2024.
Ces chiffres sont modestes à l'échelle de ces marchés, mais ils ont une valeur stratégique. Ils montrent que le modèle conçu à Tunis peut fonctionner dans des systèmes de santé différents, avec d'autres habitudes, d'autres réglementations et d'autres concurrents.
Le Golfe, nouvel horizon
La prochaine étape s'écrit plus loin. Med.tn a été sélectionnée par le programme TASMU au Qatar, piloté par le ministère chargé des technologies, qui accompagne des start-up dans la transformation numérique de l'émirat. L'entreprise dit aussi avoir déjà prospecté en Arabie saoudite et vouloir se développer dans les pays du Conseil de coopération du Golfe.
Le choix est logique. Le Golfe investit massivement dans la santé et le numérique, les dépenses par patient y sont élevées, et les gouvernements y cherchent activement des solutions technologiques. Pour une start-up tunisienne, c'est un marché où l'on vend plus cher, avec des clients solvables.
L'Afrique subsaharienne est, elle, visée à l'horizon 2028-2030.
L'IA, pour désengorger la salle d'attente
Le cœur du nouveau plan, c'est MedLink 2.0, une version du logiciel de cabinet dotée d'intelligence artificielle. Selon l'entreprise, elle doit aider à gérer la salle d'attente, le suivi des patients, les rappels et les tâches après consultation.
Ce n'est pas l'IA qui pose des diagnostics, mais celle qui libère du temps. Et c'est sans doute la plus utile à court terme. Les médecins tunisiens passent une part importante de leurs journées sur des tâches administratives : relances, reports de rendez-vous, comptes rendus, suivi des absences.
Automatiser ces tâches, c'est potentiellement plus de patients vus, moins d'attente et moins d'épuisement pour les soignants.
Ce n'est pas encore une licorne, mais…
Il faut garder la mesure.
Les chiffres cités sont ceux de l'entreprise, et ils ne sont pas audités publiquement. La notion de « patients touchés » mélange sans doute visiteurs du site, lecteurs de contenus et utilisateurs réels du service de rendez-vous. Aucune date de lancement n'a été donnée pour MedLink 2.0, ni aucun montant de financement pour soutenir cette expansion.
La santé est aussi un secteur particulièrement sensible. Les données des patients sont parmi les plus protégées qui soient, en Tunisie comme dans le Golfe. Chaque nouveau marché implique de nouvelles exigences d'hébergement, de confidentialité et de conformité. Ajouter de l'IA dans la boucle renforce encore ces exigences.
Enfin, le Golfe est un marché très concurrentiel, où des acteurs régionaux bien financés sont déjà installés. Y percer demandera des partenariats solides et des capitaux.
Ce que cette trajectoire dit de l'écosystème tunisien
L'histoire de Med.tn illustre un schéma de plus en plus fréquent. Une start-up naît en Tunisie, éprouve son modèle sur un marché local de taille limitée, puis cherche sa croissance à l'étranger, souvent dans le Golfe.
C'est une bonne nouvelle : cela prouve que les solutions conçues à Tunis peuvent s'exporter. C'est aussi un défi. Si la croissance se fait ailleurs, une partie des emplois, des revenus et des centres de décision risque de suivre.
Pour que ces réussites profitent aussi au pays, il faut que le cadre tunisien permette aux start-up de grandir à l'international sans couper leurs racines : faciliter l'ouverture de filiales, les flux financiers avec l'étranger, l'entrée d'investisseurs étrangers au capital.
Le Startup Act a ouvert une partie de ces portes. La réglementation des changes en garde d'autres fermées.
La recette de la croissance
Med.tn n'a pas inventé la prise de rendez-vous en ligne. Mais elle l'a adaptée à un contexte, celui d'une médecine de cabinet très répandue, de patients habitués au téléphone et de médecins peu équipés.
C'est souvent ainsi que naissent les start-up qui durent : en résolvant un problème local mieux que quiconque, avant de vérifier que ce problème existe ailleurs.
Dans la chakchouka de Start'Upia, Med.tn apporte un ingrédient précieux : la preuve qu'on peut partir de Tunis pour soigner, à distance, les salles d'attente du Golfe.
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