Zéro levée en septembre, roadshow dans le Sud : les startups tunisiennes cherchent leur oxygène loin de Tunis
En septembre, les startups du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ont levé 1,1 milliard de dollars, sans qu'aucune opération tunisienne ne soit recensée. Au même moment, le programme Startups et PME innovantes, financé par la Banque mondiale, tenait ses étapes de Gafsa et Zarzis les 22 et 23 octobre. Entre le désert des levées et la tournée des régions, l'écosystème tunisien cherche un second souffle.

Zéro. C'est le nombre de levées de fonds tunisiennes recensées en septembre par la plateforme Wamda, référence du suivi des investissements dans les startups du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.
Le même mois, la région a pourtant levé 1,1 milliard de dollars à travers 73 opérations, selon la note mensuelle de Wamda reprise par ilBoursa. L'Arabie saoudite a capté à elle seule 947,2 millions de dollars, près de 86 % du total. Les Émirats ont suivi avec 98,4 millions. L'Égypte a enregistré 49,2 millions répartis sur sept startups.
Et la Tunisie ? Absente du tableau.
Un mois n'est pas une tendance
Il faut d'emblée nuancer. Une absence sur un mois ne signifie pas que rien ne se passe. Certaines levées ne sont pas rendues publiques, d'autres sont annoncées avec retard, et les petits tickets d'amorçage passent souvent sous les radars des plateformes de suivi.
Mais le signal reste préoccupant. Il confirme une impression partagée par de nombreux fondateurs : le capital se concentre dans le Golfe, et la Tunisie peine à attirer l'attention des investisseurs internationaux.
La raison n'est pas le manque de talents. La scène tech tunisienne est reconnue pour la qualité de ses ingénieurs. Le problème tient davantage à la taille du marché local, aux contraintes de change qui compliquent l'entrée et la sortie des capitaux étrangers, et à un environnement macroéconomique jugé incertain.
La tournée des régions
C'est dans ce contexte que s'est tenue, les 22 et 23 octobre, une nouvelle étape du Roadshow 2026 du projet Startups et PME innovantes, à Gafsa puis à Zarzis.
Ce programme est financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par la Caisse des dépôts et consignations, en partenariat avec Smart Capital. La tournée 2026 avait démarré au Kef le 28 septembre, avant une étape à Monastir le 6 octobre. L'édition 2025 était passée par Bizerte, Kairouan, Sfax et Gabès.
L'objectif est clair : informer les startups et les PME innovantes des régions sur les mécanismes de financement et d'accompagnement disponibles, et rapprocher les opportunités de financement des entrepreneurs.
Pourquoi c'est important
On l'oublie souvent, mais l'écosystème tunisien est très concentré sur le Grand Tunis et quelques pôles côtiers. Un entrepreneur de Gafsa ou de Zarzis a beaucoup moins accès aux incubateurs, aux investisseurs, aux événements et même à l'information que son homologue du Lac ou de la Technopole d'El Ghazala.
Aller dans les régions, c'est donc élargir le vivier. Des idées naissent partout, notamment autour des problématiques locales : l'eau, l'agriculture oasienne, l'énergie solaire, le tourisme saharien, la transformation du phosphate ou la pêche.
Ce sont précisément des secteurs où la Tunisie a des problèmes concrets à résoudre, et donc des marchés à créer.
Des fonds qui commencent à suivre
Tout n'est pas sombre côté financement.
Mi-octobre, lors du salon Bigtech Africa, Smart Capital a présenté les premiers résultats de l'alliance entre le fonds de fonds Anava et le fonds 216 Capital : 17 startups tunisiennes financées pour une enveloppe globale de 1,1 million d'euros, selon Entreprises Magazine. L'objectif est de préparer 60 startups, réparties en trois cohortes, à lever des fonds auprès d'investisseurs internationaux, avec un ticket initial de 50 000 euros.
Ce type de dispositif répond à un besoin réel : le premier chèque, celui qui permet de passer du prototype au produit. C'est souvent le plus difficile à obtenir en Tunisie.
Le chaînon manquant
Mais l'écosystème bute toujours sur la même marche : l'après-amorçage.
Une startup tunisienne peut trouver ses 50 000 euros. Trouver ensuite 1 ou 2 millions pour accélérer est une autre histoire. C'est à ce stade que de nombreuses jeunes pousses choisissent de se domicilier à l'étranger, en France, aux Émirats ou ailleurs, pour accéder aux investisseurs.
Les chiffres de Wamda reflètent en partie ce phénomène : des startups fondées par des Tunisiens, avec des équipes en Tunisie, peuvent lever sous un autre drapeau.
Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle. Les équipes, les emplois et les compétences restent souvent au pays. Mais cela prive la Tunisie de la visibilité, des recettes et de l'effet d'entraînement que génère un champion local.
Trois chantiers pour retrouver la carte
Si l'on veut que la Tunisie réapparaisse dans les tableaux de Wamda, trois chantiers s'imposent.
Le premier est réglementaire. Le Startup Act a été une avancée réelle, mais les fondateurs continuent de buter sur les contraintes de change : ouvrir un compte en devises, recevoir un investissement étranger, payer un service cloud ou rémunérer un prestataire à l'étranger reste souvent un parcours d'obstacles. La réforme du code des changes est attendue avec impatience par tout l'écosystème.
Le deuxième est financier. Les dispositifs publics et les fonds de fonds jouent leur rôle sur l'amorçage. Il faut maintenant des fonds capables de suivre les meilleures startups sur des tickets plus importants, et des mécanismes pour attirer les investisseurs étrangers en co-investissement.
Le troisième est commercial. Une startup lève plus facilement quand elle a des clients. L'achat public, les grandes entreprises tunisiennes et les marchés voisins peuvent offrir ces premiers contrats qui rassurent les investisseurs.
La chakchouka de l'écosystème
Une bonne chakchouka demande des ingrédients simples mais bien dosés : des tomates, des poivrons, des œufs, et surtout le bon feu.
L'écosystème tunisien a les ingrédients. Les talents sont là, les idées aussi, et les dispositifs publics et privés se multiplient, jusqu'à Gafsa et Zarzis.
Ce qui manque, c'est le feu : des capitaux plus abondants, un cadre de change plus souple et des investisseurs prêts à miser au-delà du premier chèque.
Septembre a été un mois blanc. Les startups tunisiennes, elles, ne l'ont pas été. À l'écosystème de faire en sorte que leurs prochaines levées portent le drapeau du pays où elles sont nées.
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