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    2,7 % au lieu de 3,3 % : la Tunisie revoit sa croissance à la baisse, et le souk fait ses comptes

    Par Mohamed AtallahFinanSouk

    Le gouvernement tunisien table désormais sur une croissance de 2,7 % en 2026, contre 3,3 % inscrits dans la loi de finances, et vise 3,1 % pour 2027. Derrière ces décimales, ce sont des emplois, des recettes fiscales et des marges de manœuvre en moins. La révision traduit un environnement extérieur plus dur, mais aussi la difficulté persistante de relancer l'investissement.

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    2,7 % au lieu de 3,3 % : la Tunisie revoit sa croissance à la baisse, et le souk fait ses comptes

    2,7 %. C'est la nouvelle prévision de croissance du gouvernement tunisien pour 2026. La loi de finances, votée il y a moins d'un an, tablait sur 3,3 %.

    L'information figure dans le budget économique 2027, dont les grandes lignes ont été rendues publiques cette semaine et reprises par La Presse de Tunisie et par les brèves économiques de la Direction générale du Trésor français.

    Six dixièmes de point de moins. Sur le papier, c'est peu. Dans le souk, c'est beaucoup.

    Ce que disent les chiffres

    Le budget économique fixe le cadre de l'année à venir. Pour 2027, le gouvernement vise une croissance de 3,1 %.

    L'investissement, souvent présenté comme le moteur de la reprise, devrait représenter 15,5 % du PIB en 2026, avec un objectif de 16,5 % en 2027.

    Le déficit courant, c'est-à-dire l'écart entre ce que le pays dépense et ce qu'il gagne avec l'étranger, serait d'environ 3,9 % du PIB en 2026, contre 2,5 % en 2025. Il est attendu à 3,7 % en 2027.

    L'inflation devrait se stabiliser autour de 5,3 %, et le revenu par habitant atteindre environ 16 736 dinars en 2027, en hausse de 7,2 %.

    Pourquoi la croissance cale

    Plusieurs facteurs expliquent la révision.

    Le premier est extérieur. L'Europe, premier client de la Tunisie, tourne au ralenti : la croissance de la zone euro ne devrait guère dépasser 1,1 % cette année. Quand nos clients achètent moins, nos usines produisent moins.

    Le deuxième est énergétique. Le pétrole a dépassé les 110 dollars le baril cette semaine, et la Tunisie importe une large part de son énergie. Une facture plus lourde pèse sur la balance commerciale, sur le budget de l'État à travers les subventions, et sur les coûts des entreprises.

    Le troisième est intérieur. Un investissement à 15,5 % du PIB reste faible pour un pays qui veut accélérer. Les entreprises hésitent à investir quand le crédit est cher, l'administration lente et la visibilité limitée.

    Le creusement du déficit courant, de 2,5 % à 3,9 % du PIB en un an, résume ces tensions : le pays importe plus cher, exporte vers des marchés moins dynamiques, et doit trouver des devises pour combler l'écart.

    Ce que 0,6 point change concrètement

    Il est facile de traiter une révision de croissance comme une affaire de technocrates. C'est une erreur.

    Moins de croissance, c'est d'abord moins d'emplois créés, dans un pays où le chômage des jeunes diplômés reste un défi majeur.

    C'est aussi moins de recettes fiscales. Or le budget de l'État a été construit sur l'hypothèse d'une activité plus forte. Quand la croissance déçoit, l'écart doit être comblé par plus d'endettement, souvent auprès des banques locales, déjà fortement exposées à l'État.

    Enfin, c'est un signal envoyé aux investisseurs et aux agences de notation. Une économie qui révise régulièrement ses prévisions à la baisse inspire moins confiance.

    Les bonnes nouvelles existent

    Il faut toutefois éviter le pessimisme systématique.

    La croissance reste positive. Le gouvernement prévoit une accélération en 2027. Et plusieurs projets structurants avancent.

    Cette semaine, la station de dessalement d'eau de mer de Sousse a été mise en service, un équipement essentiel dans un pays confronté au stress hydrique. La STEG a lancé un appel d'offres pour une centrale photovoltaïque de 50 mégawatts à Béni M'hira, financée par la BERD.

    Ce sont ces investissements dans l'eau et l'énergie qui, à terme, peuvent réduire les fragilités qui freinent la croissance. Chaque mégawatt solaire produit en Tunisie, c'est un peu moins de gaz importé et de devises dépensées.

    Le gouvernement souhaite aussi conclure des contrats d'objectifs avec les entreprises publiques, un chantier ancien mais crucial pour la santé des finances de l'État.

    Ce que les entreprises peuvent en tirer

    Pour les chefs d'entreprise, une révision de croissance n'est pas qu'un sujet de commentaire. C'est une information utile.

    Elle invite d'abord à la prudence sur la trésorerie. Dans un environnement où la demande intérieure progresse lentement, où le dollar se renchérit et où le crédit reste coûteux, les entreprises qui tiennent le mieux sont celles qui gardent des marges de sécurité.

    Elle invite ensuite à regarder vers l'extérieur. Si l'Europe ralentit, d'autres marchés africains et du Golfe offrent des relais de croissance, à condition d'avoir les outils de paiement et de logistique pour les servir.

    Enfin, elle souligne l'intérêt des secteurs liés à la transition énergétique et hydrique. Les appels d'offres solaires, les projets de dessalement, l'efficacité énergétique dans l'industrie : ce sont des marchés portés par des financements internationaux, moins dépendants de la conjoncture intérieure.

    Dans un souk, les marchands les plus avisés ne sont pas ceux qui attendent le client. Ce sont ceux qui vont le chercher là où il se trouve.

    Le pari de 2027

    L'objectif de 3,1 % pour 2027 repose sur une hypothèse forte : la relance de l'investissement.

    Passer de 15,5 % à 16,5 % du PIB en un an suppose que les entreprises retrouvent confiance, que les grands projets publics sortent de terre et que les financements suivent. C'est possible, mais rien n'est acquis.

    L'expérience des dernières années invite à la prudence. Les prévisions initiales ont souvent été revues à la baisse en cours d'année, et l'écart entre l'ambition affichée et la réalité observée s'est rarement refermé de lui-même.

    La leçon du souk

    Dans un souk, le marchand qui annonce un prix trop haut finit par le baisser. Celui qui annonce le bon prix vend plus vite.

    En révisant sa prévision, le gouvernement fait preuve de réalisme. C'est une bonne chose. Mais le réalisme sur les chiffres doit maintenant se traduire par du volontarisme sur les réformes : simplifier l'investissement, accélérer les projets énergétiques, libérer l'initiative privée.

    Car une croissance ne se décrète pas dans un budget. Elle se construit, étal après étal.

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