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    Rédaction TunichainFinanSouk

    312 millions de dollars pour la Tunisie : un ballon d’oxygène, mais pas un chèque en blanc

    La Tunisie a obtenu 312 millions de dollars du Fonds monétaire arabe pour soutenir sa balance des paiements et accompagner ses réformes économiques. Derrière le chiffre, l’enjeu est surtout monétaire : renforcer temporairement les ressources en devises, réduire la pression sur les paiements extérieurs et offrir davantage de marge de manœuvre au dinar. Mais ce financement reste une dette et ne résout pas les déséquilibres structurels de l’économie tunisienne.

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    312 millions de dollars pour la Tunisie : un ballon d’oxygène, mais pas un chèque en blanc

    312 millions de dollars. Présenté isolément, le chiffre peut sembler important. Pour comprendre ce qu'il change réellement pour l'économie tunisienne, il faut cependant regarder ce qui se cache derrière l'annonce.

    Le 7 juillet 2026, la Tunisie et le Fonds monétaire arabe ont signé un premier accord de prêt élargi d'un montant de 76,7 millions de dinars arabes de compte, soit environ 312 millions de dollars. Converti en monnaie tunisienne au moment de l'annonce, le financement représente environ 921,4 millions de dinars.

    L'accord a été signé par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhaier Nouri, et le directeur général du Fonds monétaire arabe, Fahad M. Alturki.

    Contrairement à ce que pourrait laisser penser le montant annoncé, il ne s'agit pas de 312 millions de dollars immédiatement disponibles pour financer de nouvelles dépenses publiques.

    Le financement doit être versé en trois tranches. La première doit être mise à disposition dès l'entrée en vigueur de l'accord. Chaque tranche bénéficie d'une maturité de sept ans, avec trois ans et demi de grâce, avant un remboursement en huit échéances semestrielles égales.

    Surtout, sa fonction principale est clairement indiquée par la Banque centrale : contribuer à couvrir les besoins de la balance des paiements et accompagner le programme de réformes économiques et financières du gouvernement.

    C'est probablement là que se trouve l'effet le plus important de l'accord.

    La Tunisie doit constamment disposer de devises étrangères pour payer ses importations, notamment énergétiques, rembourser sa dette extérieure et assurer ses différentes obligations internationales. Lorsque les entrées de devises provenant du tourisme, des exportations, des investissements étrangers, des transferts des Tunisiens résidant à l'étranger ou des emprunts sont insuffisantes, une pression apparaît sur les équilibres extérieurs.

    Les 312 millions de dollars viennent donc ajouter une source de financement extérieur supplémentaire.

    Pour mesurer l'ordre de grandeur, la Banque centrale disposait début août d'avoirs nets en devises représentant environ 97 jours d'importations.

    Il serait néanmoins incorrect d'ajouter mécaniquement 312 millions de dollars aux réserves actuelles. Premièrement parce que le prêt est versé en trois tranches. Deuxièmement parce qu'une partie des devises reçues peut être utilisée pour couvrir directement des besoins de balance des paiements. Enfin, les réserves évoluent quotidiennement avec les importations, les exportations, le service de la dette et les autres flux financiers.

    L'effet est donc davantage celui d'un coussin supplémentaire que celui d'une augmentation permanente des réserves.

    Pour le dinar, le mécanisme est également indirect.

    Une économie qui dispose de davantage de devises est théoriquement mieux armée pour faire face à ses paiements internationaux. Toutes choses égales par ailleurs, cela diminue le risque de tensions brutales sur le marché des changes et donne davantage de marge à la Banque centrale pour préserver la stabilité monétaire.

    Cela ne signifie absolument pas que le prêt fera automatiquement monter le dinar.

    Le taux de change dépend de nombreux facteurs, notamment du déficit commercial, des importations énergétiques, des recettes touristiques, des transferts de la diaspora, des investissements étrangers, de l'inflation et de la politique monétaire.

    Mais 312 millions de dollars de financement extérieur représentent malgré tout une pression de financement en moins à absorber ailleurs.

    L'effet sur les finances publiques mérite également d'être nuancé.

    Le financement offre à l'État une source de ressources extérieures à relativement longue maturité. La période de grâce de trois ans et demi évite notamment un remboursement immédiat du principal. C'est important dans un contexte où la Tunisie doit simultanément financer son budget et honorer ses échéances de dette.

    Cette question devient d'autant plus importante que les banques tunisiennes sont déjà fortement exposées à l'État. Selon les données de la Banque centrale reprises par la Direction générale du Trésor français, les financements au secteur public représentaient 28 % du total des actifs des banques tunisiennes à fin 2025, contre 25 % un an auparavant.

    Obtenir des ressources extérieures peut donc contribuer à limiter, à la marge, la nécessité de rechercher l'intégralité du financement sur le marché intérieur.

    Mais il ne faut pas perdre de vue un élément essentiel : ces 312 millions de dollars ne constituent ni un don ni une création de richesse.

    C'est une dette.

    Le financement améliore la situation de liquidité extérieure aujourd'hui, mais devra être remboursé demain. Son véritable intérêt dépendra donc de l'utilisation du temps et de la marge de manœuvre qu'il procure.

    C'est précisément pourquoi le Fonds monétaire arabe rattache l'accord au programme de réformes économiques et financières de la Tunisie.

    Si ce financement permet simplement de repousser certains déséquilibres de quelques années, son effet économique restera limité.

    S'il accompagne au contraire des réformes capables d'améliorer la productivité, les exportations, l'investissement, la production énergétique ou l'attractivité du pays, la dette contractée aujourd'hui peut contribuer à renforcer la capacité future de la Tunisie à générer elle-même les devises nécessaires à son économie.

    C'est toute la différence entre financer un déficit et financer une transition.

    Il existe également une dimension politique et financière derrière cet accord.

    La Tunisie a connu ces dernières années des relations compliquées avec certains bailleurs internationaux. Obtenir un nouveau financement extérieur auprès d'une institution régionale permet de diversifier les sources de financement du pays.

    Le Fonds monétaire arabe n'est d'ailleurs pas le Fonds monétaire international. Il s'agit d'une institution financière régionale regroupant les pays arabes et dont les missions comprennent notamment le soutien aux équilibres extérieurs, à la stabilité monétaire et aux réformes économiques de ses États membres.

    L'accord constitue donc aussi un signal de coopération financière avec les partenaires arabes de la Tunisie.

    Pour autant, 312 millions de dollars ne changeront pas à eux seuls la trajectoire économique du pays.

    Ils ne résoudront ni le déficit commercial structurel, ni la dépendance énergétique, ni les difficultés des entreprises publiques, ni le besoin d'investissement, ni les problèmes de productivité.

    Ils peuvent cependant acheter quelque chose de particulièrement précieux pour une économie sous contraintes : du temps.

    Du temps pour absorber certaines échéances extérieures. Du temps pour préserver les réserves. Du temps pour réduire la pression sur la balance des paiements. Et surtout du temps pour mener les réformes susceptibles de réduire la dépendance future à l'endettement.

    Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le versement des 312 millions de dollars.

    Il faudra regarder, dans quelques années, si la Tunisie aura davantage besoin de ce type de prêts ou si elle sera devenue capable de générer davantage de devises par ses exportations, ses investissements, son tourisme, ses services numériques et sa propre croissance.

    Car la meilleure réserve de change reste, à long terme, celle que l'économie est capable de produire elle-même.

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