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    Six millions de détenteurs et une copie à revoir : l'Afrique du Sud réécrit ses règles crypto, une leçon pour Tunis

    Par Mohamed AtallahCryptoBeldi

    Face à des milliers de commentaires critiques, le Trésor sud-africain et sa Banque centrale ont accepté de réécrire leurs projets de règles sur les cryptoactifs. Une décision saluée par un secteur qui revendique plus de six millions de détenteurs dans le pays. Pour la Tunisie, qui réforme son propre code des changes, l'épisode montre qu'une régulation mal calibrée pousse l'activité vers l'informel plutôt que de la contrôler.

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    Six millions de détenteurs et une copie à revoir : l'Afrique du Sud réécrit ses règles crypto, une leçon pour Tunis

    Plus de six millions de Sud-Africains détiennent un cryptoactif. Ce chiffre, cité par le quotidien économique Business Day ce 23 octobre, dit à lui seul pourquoi le gouvernement de Pretoria a dû revoir sa copie.

    Cette semaine, en présentant sa déclaration de politique budgétaire à moyen terme, le ministre des Finances Enoch Godongwana a reconnu qu'une « nouvelle approche » était nécessaire pour encadrer les cryptoactifs. Le Trésor national et la Banque centrale sud-africaine vont réécrire leurs projets de règlement, après avoir reçu des milliers de commentaires.

    Le secteur crypto a applaudi. Et il y a de quoi regarder de près ce qui s'est passé.

    Ce que contenait la première copie

    Tout commence en avril 2026, avec la publication d'un projet de règlement sur la gestion des flux de capitaux. En août, un manuel sur les cryptoactifs pour les opérations transfrontalières a suivi.

    L'ambition était grande : remplacer un cadre de contrôle des changes qui date de 1961 par un système fondé sur l'évaluation des risques.

    Mais le diable était dans les détails. Selon Business Day, la proposition initiale aurait probablement interdit aux entreprises d'utiliser des stablecoins pour leurs paiements transfrontaliers et le rapatriement de fonds. Elle autorisait les transferts depuis une plateforme agréée vers un portefeuille personnel, avec plafonds et déclarations, mais interdisait le chemin inverse, vers les plateformes locales.

    Autrement dit, une fois vos cryptos sorties du système, elles ne pouvaient plus y revenir légalement.

    Pourquoi le secteur a protesté

    Les professionnels ont pointé un risque simple : une règle trop stricte ne supprime pas l'activité. Elle la déplace.

    Le directeur Afrique de Luno, la principale plateforme du pays, a résumé l'enjeu : bien faites, ces règles pourraient faire de l'Afrique du Sud une porte d'entrée régulée vers les marchés africains des actifs numériques. Mal conçues, elles pousseraient l'activité vers l'étranger et vers les échanges de pair à pair.

    Les montants en jeu sont loin d'être symboliques. Fin 2025, les actifs conservés par les trois grandes plateformes locales, Luno, VALR et Ovex, dépassaient 25 milliards de rands. Une dizaine de stablecoins adossés au rand circulent déjà, dont ZARU, lancé en 2025 par un consortium réunissant notamment Lesaka, Easy Equities, Sanlam et Luno.

    Le ministre a signalé une évolution de fond : s'éloigner du principe d'autorisation préalable, pour juger les transactions sur leur légitimité et leur conformité fiscale.

    Le miroir tunisien

    C'est ici que l'histoire résonne de ce côté-ci du continent.

    La Tunisie et l'Afrique du Sud partagent un héritage : un contrôle des changes ancien, pensé à une époque où l'argent circulait par virements bancaires et valises, pas par portefeuilles numériques.

    Chez nous, la Banque centrale interdit les transactions en cryptomonnaies depuis 2018. Pourtant, chacun sait que l'activité n'a pas disparu. Elle s'est déplacée vers les plateformes étrangères et les échanges de pair à pair, sans protection pour les utilisateurs, sans visibilité pour l'État et sans recettes fiscales.

    C'est exactement le scénario que les professionnels sud-africains voulaient éviter.

    Dans le même temps, la Tunisie a engagé la réforme de son code des changes, un chantier que nous suivions déjà dans Dinar Shaker. Le moment est donc idéal pour regarder ce que font les autres.

    Trois leçons à retenir

    Première leçon : consulter vraiment. Pretoria a publié ses projets, reçu des milliers de commentaires, et accepté de changer d'avis. Ce n'est pas un aveu de faiblesse, c'est un signe de maturité réglementaire.

    Deuxième leçon : distinguer les usages. Payer un fournisseur à l'étranger avec un stablecoin, spéculer sur une cryptomonnaie et blanchir de l'argent ne sont pas la même chose. Une règle unique pour tout finit par pénaliser les usages utiles.

    Troisième leçon : penser au retour. Un cadre qui laisse sortir les actifs mais les empêche de revenir fabrique mécaniquement de l'informel. Pour un pays qui cherche à attirer des devises, c'est un contresens.

    Le précédent des stablecoins

    Un point mérite une attention particulière : les stablecoins.

    Dans de nombreux pays africains, ces jetons adossés au dollar ou à une monnaie locale sont devenus un outil de travail. Des importateurs les utilisent pour payer des fournisseurs à l'étranger plus rapidement qu'avec un virement bancaire. Des freelances les reçoivent en paiement de clients européens ou américains. Des familles s'en servent pour envoyer de l'argent.

    En Afrique du Sud, le marché a déjà produit ses propres stablecoins en rands, une manière de profiter de la technologie sans quitter la monnaie nationale.

    Pour la Tunisie, où des milliers de développeurs, designers et traducteurs travaillent pour des clients étrangers, la question des paiements transfrontaliers est très concrète. Aujourd'hui, une partie de ces revenus transite par des circuits peu lisibles. Un cadre qui distinguerait clairement les usages professionnels pourrait au contraire faire entrer ces devises dans le système officiel.

    C'est d'ailleurs l'argument central des professionnels sud-africains : mieux vaut une activité visible et taxée qu'une activité invisible et incontrôlée.

    Ce n'est pas un modèle clé en main

    Il ne faut pas pour autant idéaliser l'exemple sud-africain. Le pays a un marché financier bien plus profond que le nôtre, une monnaie librement convertible et une autorité financière qui encadre déjà les prestataires de services crypto.

    Et la seconde copie n'est pas encore écrite. Les consultations vont reprendre, et rien ne garantit que le texte final satisfera tout le monde.

    Mais la méthode, elle, est transposable : partir des usages réels, écouter les acteurs et accepter de corriger.

    Le soleil et le jasmin

    En Tunisie, la question n'est plus de savoir si les Tunisiens utilisent des cryptoactifs. Ils le font déjà, discrètement, sans filet. La question est de savoir si l'on préfère que cette activité se déroule dans l'ombre ou à la lumière.

    L'Afrique du Sud vient de choisir la lumière, au moins pour l'instant. Six millions de détenteurs, ça ne se réglemente pas contre eux. Ça se réglemente avec eux.

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