Du hackathon à la levée de fonds : Dar Blockchain veut transformer 18 projets Web3 en vraies startups
Dar Blockchain, The Hashgraph Association, Wiki Startup et UGFS North Africa lancent un programme d'incubation de quatre mois pour 18 projets issus du Hedera Africa Hackathon. Objectif affiché : au moins cinq entreprises prêtes à lever des fonds d'amorçage d'ici janvier 2027. Une initiative pilotée depuis Tunis, qui pose une question de fond : comment passer des prix de hackathon à des entreprises qui durent ?

18 projets, quatre mois, un objectif : faire sortir au moins cinq startups capables de convaincre des investisseurs.
C'est le pari du programme d'incubation Web3 annoncé le 22 octobre par Dar Blockchain et The Hashgraph Association, une organisation suisse à but non lucratif liée à l'écosystème Hedera, en partenariat avec l'incubateur tunisien Wiki Startup et la société de gestion UGFS North Africa, selon le site spécialisé THD.
Derrière l'annonce, un constat que tous ceux qui ont fréquenté les hackathons connaissent bien : gagner un prix ne suffit pas à créer une entreprise.
Le syndrome du hackathon
Les hackathons sont devenus un passage obligé de l'écosystème tech. Pendant quelques jours ou quelques semaines, des équipes construisent un prototype, le présentent à un jury, et les meilleures repartent avec un chèque.
Puis, très souvent, plus rien. Le prototype dort sur GitHub, l'équipe se disperse, le chèque est dépensé.
Le Hedera Africa Hackathon, clôturé en avril 2026, a été d'une ampleur rare. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs, il a mobilisé plus de 13 000 développeurs, généré plus de 1 300 projets et touché plus de 45 000 participants à travers des formations et des certifications, dans plus de 20 pôles africains et en ligne. L'enveloppe de prix atteignait un million de dollars.
La question était donc simple : que faire de tout ce potentiel une fois les projecteurs éteints ?
Un programme taillé pour l'investissement
La réponse prend la forme d'un parcours structuré, d'octobre 2026 à janvier 2027.
Les 18 projets retenus viennent notamment du Nigeria, d'Égypte, d'Inde, du Brésil et des États-Unis. Ils suivront quatre sprints, passeront cinq étapes de validation devant un jury et participeront à 21 ateliers, avec des feuilles de route personnalisées et un accompagnement individuel par des experts.
Chaque partenaire a un rôle précis. Wiki Startup s'occupe de la structuration des projets et de leur mise sur le marché. UGFS North Africa prépare les équipes à l'investissement et aux mécanismes de financement. La société allemande Softstack intervient sur la cybersécurité, avec des crédits d'intelligence artificielle et des réductions pour les startups.
Un objectif intermédiaire donne le ton : dès la troisième étape, plus de 60 % des équipes devront avoir obtenu des lettres d'intention signées ou lancé des projets pilotes. Autrement dit, des clients, pas seulement des idées.
Le financement provient d'une partie des 900 000 dollars de prix attribués aux lauréats, réorientée vers l'accompagnement.
Tunis, carrefour discret de la blockchain africaine
Ce qui frappe dans cette annonce, c'est la géographie.
Un programme panafricain, voire mondial, dont l'architecture est pilotée depuis la Tunisie, avec des partenaires tunisiens. Dar Blockchain s'est imposée ces dernières années comme l'un des acteurs les plus actifs de la blockchain sur le continent, en particulier autour de l'écosystème Hedera.
Pour la Tunisie, c'est un signal intéressant. Le pays n'a pas besoin d'attendre d'avoir le cadre réglementaire parfait pour exporter son savoir-faire. Il peut devenir un lieu où l'on forme, où l'on accompagne et où l'on structure des projets venus d'ailleurs.
C'est un modèle proche de ce que la Tunisie fait déjà dans l'ingénierie logicielle ou l'externalisation : capitaliser sur ses compétences humaines plutôt que sur la taille de son marché.
Ce que les startups tunisiennes peuvent y gagner
Les projets retenus pour cette première cohorte viennent de plusieurs continents. Mais l'existence même d'un tel programme profite à l'écosystème local.
D'abord, parce qu'il crée des méthodes. Un parcours en sprints, avec des jalons de validation et des objectifs commerciaux mesurables, peut être reproduit pour des projets tunisiens dans d'autres secteurs.
Ensuite, parce qu'il crée des réseaux. Des mentors, des investisseurs et des partenaires internationaux qui passent par Tunis pour accompagner des startups étrangères sont aussi des contacts potentiels pour les fondateurs tunisiens.
Enfin, parce qu'il crée de la crédibilité. Quand une institution suisse, une entreprise allemande et des projets venus du Brésil ou d'Inde s'appuient sur des structures tunisiennes, cela envoie un message aux investisseurs : il existe ici une expertise reconnue.
Pour les jeunes développeurs tunisiens qui s'intéressent au Web3, c'est aussi la preuve qu'une carrière dans ce domaine peut se construire depuis le pays, en participant à des hackathons, en se certifiant et en rejoignant des projets internationaux.
La blockchain n'est pas la crypto
Il faut rappeler une distinction importante dans le contexte tunisien.
La Banque centrale interdit les transactions en cryptomonnaies depuis 2018. Mais la blockchain, en tant que technologie de registre partagé, n'est pas interdite. Elle peut servir à la traçabilité agricole, à la certification de diplômes, à la gestion de chaînes logistiques ou à la tokenisation d'actifs dans un cadre réglementé.
C'est précisément sur ces usages que se positionnent de nombreux projets issus des hackathons. Et c'est là que la Tunisie a une carte à jouer, en tant que terrain d'expérimentation et de formation.
Ce n'est pas une garantie de succès
Il faut toutefois rester prudent.
Cinq startups prêtes pour un financement d'amorçage sur 18 projets, c'est un objectif ambitieux mais réaliste. Cela signifie aussi que la majorité des équipes ne lèveront pas de fonds à l'issue du programme. C'est la règle du jeu dans l'entrepreneuriat.
Par ailleurs, le marché du capital-risque dans la région reste difficile. En septembre, selon la plateforme Wamda, aucune startup tunisienne n'a figuré parmi les levées de fonds recensées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Préparer des startups à lever, c'est bien. Encore faut-il des investisseurs pour leur répondre.
Enfin, le succès dépendra de la capacité de ces projets à trouver de vrais clients, au-delà de l'écosystème crypto lui-même.
La harissa et la chaîne
On dit qu'une bonne harissa ne se fait pas en un jour : il faut sécher le piment, le moudre, l'assaisonner, le laisser reposer.
Une startup, c'est pareil. Le hackathon fournit le piment. L'incubation, la patience et les premiers clients font le reste.
Si ce programme parvient à transformer ne serait-ce qu'une poignée de prototypes en entreprises viables, il aura démontré quelque chose de précieux : qu'en Afrique, et depuis Tunis, on ne se contente plus de gagner des concours. On construit des entreprises.
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